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28 juin 2014 6 28 /06 /juin /2014 09:11

 

Isaac Delusion

On ne pourra pas reprocher à Isaac Delusion d'agir dans la précipitation et ce jeune groupe français qui, du duo qu'il était à l'origine est aujourd'hui devenu quatuor, aura pris le temps nécessaire pour mûrir son premier album éponyme qui nous est arrivé au début de ce mois de juin, après deux EP (Midnight sun et Early morning) semés sur notre route avec une fausse nonchalance, au début et à la fin de 2012, comme des petits cailloux scintillants de promesses.

 

Le titre sur lequel s'ouvre le disque, The child you were, est typique des couleurs et des humeurs qui vont se développer durant les cinquante-cinq minutes suivantes, traversées par une voix immédiatement reconnaissable, limpide, à la fois chaleureuse et légèrement distante. Ce qui frappe d'emblée, c'est le sens inné de la fluidité mélodique que possèdent les musiciens ainsi que leur propension à privilégier, dans leurs compositions, des lignes claires que viennent soutenir et embellir des arrangements particulièrement bien pensés, à l'efficacité jamais tapageuse, l'ensemble se déployant selon un ordonnancement à la fois rigoureux et poétique tout à fait représentatif d'une certaine tradition du raffinement à la française. Chanson après chanson, se découvre une riche palettes d'influences allant du folk à la dance music avec, sporadiquement, des bouffées funk ou hip-hop, cette diversité trouvant son origine dans les horizons très différents dont vient chacun des quatre compères. Ils ont eu la finesse de savoir les fondre en un tout d'une grande cohérence dans lequel chaque morceau, au lieu de se résumer, comme c'est hélas souvent le cas dans ce type de production, à une simple vignette séduisante mais isolée, semble découler naturellement de ce qui le précède et annoncer ce qui va le suivre — c'est particulièrement évident à partir de Land of gold, à l'écriture finement ciselée. Car l'intelligence semble bel et bien côtoyer l'instinct chez ces jeunes gens et c'est cette alliance qui rend ce premier album extrêmement attachant et fait qu'une fois entré dans l'univers qu'il propose, on y revient à chaque reprise avec un plaisir renouvelé. Qu'il s'agisse de Midnight sun, un titre construit à partir d'une matière musicale minimale qui laisse toute la place à la voix, jusque dans ses minimes faiblesses, pour l'animer, de la légèreté ensoleillée et insouciante de She pretends, de l'énergie plus sombre de The Devil's hand, de l'ironie de A little bit too high, il y a toujours quelque chose à découvrir chez Isaac Delusion, qui a indiscutablement le don, grâce à une science très juste des atmosphères, de faire voguer ses morceaux, et l'auditeur avec eux, dans un monde de paysages fuyants, comme entrevus dans un songe éveillé et redessinés par d'incessants clairs-obscurs. Déjà maîtres dans l'art de l'estompe, les musiciens se montrent particulièrement convaincants dès qu'il s'agit d'évoquer la nostalgie de l'enfance (The child you were, Dragons) comme celle des fêtes qui s'achèvent (Early morning), ou l'incertitude des sentiments (If I fall), n'hésitant pas à faire appel à violon et violoncelle pour ajouter une touche de lyrisme supplémentaire et bienvenu à leur propos.

Chacun abordera, bien entendu, ce disque avec la sensibilité qui lui est propre. Certains retiendront avant tout son caractère globalement enjoué et sensuel – notons que même si l'électronique est évidemment reine ici, le soin apporté à la réalisation et la présence d'instruments acoustiques lui apportent une véritable chaleur –, d'autres le liront comme la bande-son rêvée, dans tous les sens du terme, des longues soirées de fête où l'on se croise et parfois se frôle sans toujours se rencontrer, des promenades en lisière d'océan ou sous les dunes sous des cieux gonflés de nostalgie. Ce qui demeure évident, c'est qu'avec son électro-pop inventive, faussement naïve, légère en apparence mais beaucoup plus troublée lorsque l'on y regarde d'un peu plus près, Isaac Delusion nous offre probablement un des plus beaux albums de l'été, un été où les pistes de danse auraient vue sur l'amer.

 

Isaac DelusionIsaac Delusion, Isaac Delusion

 

1 CD [durée totale : 55'16"] Cracki records/Parlophone. Ce disque peut être acheté sous forme physique en suivant ce lien et au format numérique sur Qobuz.com.

 

Extraits proposés :

 

1. Midnight sun
(paroles & musique : Isaac Delusion)

 

2. Dragons
(paroles & musique : Isaac Delusion)

 

Un extrait de chaque plage du disque peut être écouté ci-dessous grâce à Qobuz.com :

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Published by Jean-Christophe Pucek - dans Traverses
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commentaires

Cristophe 08/07/2014 22:36


Isaac Delusion a joué dans "La bande passante" sur RFI, on peut (ré)écouter là-bas :


http://www.rfi.fr/emission/20140707-1-isaac-delusion


http://www.rfi.fr/emission/20140707-2-isaac-delusion

Jean-Christophe Pucek 10/07/2014 19:42



Information bien reçue, Cristophe, grand merci. J'irai jeter une oreille attentive à la prestation d'Isaac Delusion ce week-end.



alba 29/06/2014 23:03


Etonnée, et bien j´ai aimé. Merci Passée de nous faire connaître ces nouveautés.

Jean-Christophe Pucek 30/06/2014 07:27



Je pars du principe qu'il faut toujours se laisser surprendre par l'émotion que procure la musique, quelle que soit la forme qu'elle prenne dont aucune, contrairement à ce que certains
prétendent, n'est méprisable. Je ne vous attendais pas ici, Alba, j'en suis d'autant plus ravi.


Je vous souhaite une heureuse journée.



AnnickAmiens 28/06/2014 13:02


Voilà qui ne ressemble en rien à ce que j'ai déjà entendu. J'aime l'accoustique, tous ces sons étranges qui passent de la nostalgie à la danse et ces artistes me transportent pour l'instant dans
un ailleurs indéfinissable et très très agréable à découvrir.


Merci beaucoup, je reviendrai les écouter ...


Bon week-end et toute mon amitié


Annick

Jean-Christophe Pucek 30/06/2014 07:31



Tu donnes une belle définition des émotions que procure l'écoute de cet album, Annick, et il me semble que c'est justement en cultivant un subtil mélange de danse et de nostalgie qu'Isaac
Delusion parvient à ses fins, c'est à dire à n'être pas qu'un disque qui fait bouger les pieds.


Je te remercie d'avoir pris le temps de t'arrêter ici et de m'avoir laissé un témoignage de ton intérêt.


Je te souhaite une belle semaine et l'accompagne de bien amicales pensées.



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