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20 février 2014 4 20 /02 /février /2014 07:59

« Ça ne veut pas dire que ce que je fais ressemble à ce que faisait monsieur Rameau ou monsieur Lully. Quand on utilise ce mot ridicule qui est l'authenticité, je fuis. Mais nous sommes peut-être plus près des intentions, nous sommes mieux informés historiquement sur ce qui se passait pendant une représentation de Rameau que messieurs Saint-Saëns ou d'Indy ou nombre des collègues que nous rencontrions dans les années 1970 en France. » William Christie

William Christie Denis Rouvre

William Christie, photographie de Denis Rouvre

 

Durant la semaine du 10 au 15 février 2014, l'émission Àvoix nue, sur France Culture, a proposé une série d'entretiens, menée par Stéphane Bonnefoi, avec William Christie, cinq rendez-vous d'une petite demi-heure que vous trouverez regroupés ci-dessous, accompagnés, à chaque reprise, d'un extrait musical documentant le travail de ce chef, choisi en toute subjectivité (et volontairement pas parmi les disques les plus connus) dans ma discothèque.

 

Pour de nombreux mélomanes de ma génération (et de la précédente), les propositions de William Christie, que certains, plus jeunes, critiquent parfois au nom d'un droit d'inventaire sans doute légitime mais qui ne devrait, pour autant, jamais faire l'économie du respect, a été déterminant du point de vue de la formation du goût et de l'accès à tout un pan du répertoire, en particulier dans le domaine de la musique française qu'il s'est attaché à mettre en valeur avec une constance qui laisse admiratif. De ses années de formation et de découverte, du clavecin comme de sa propre identité, aux États-Unis, à son arrivée dans une France quelquefois hostile à l'idée de voir un étranger se mêler, en lui appliquant des principes, alors terriblement polémiques, que l'on désigne aujourd'hui comme « historiquement informés », d'un répertoire dont elle avait perdu les clés, puis au temps de la reconnaissance grandissante du public comme des institutions, le parcours de ce musicien d'exception, qui se déroule au fil de conversations au ton d'une sérénité parfois tranchante, souvent émouvante tout en demeurant d'une grande pudeur, mais où la passion demeure toujours à fleur de mots, va bien au-delà du récit d'une ascension personnelle éclatante. On y sent, en filigrane, l'histoire d'une révolution interprétative débutée, souvent à tâtons, bien des décennies auparavant, et qui appartient désormais à l'Histoire, celles de ces « baroqueux », comme on les nommait avec un rien de condescendance, enthousiastes, tenaces, flamboyants, et aussi parfois, avouons-le, suffisants dans leur certitude d'avoir mieux compris les musiques du passé que leurs aînés et nombre de leurs contemporains.

Cette dimension qui dépasse l'anecdote est pour moi une raison supplémentaire de vous recommander, si le sujet vous intéresse, de prendre le temps d'écouter ce que William Christie a à conter sur ces années de conquête dont il fut une des figures de proue, mais également sur la nôtre, qu'il observe avec une lucidité qui n'est pas totalement exempte de tendresse.

 

1. Les lumières de Buffalo [28'45"]

 

Georg Friedrich Händel (1685-1759), Sonate pour violon et clavecin en ré mineur HWV 359a :

I. Grave

II. Allegro

III. Adagio

IV. Allegro

 

Hiro Kurosaki, violon
William Christie, clavecin

 

Handel Sonates violon clavecin Kurosaki ChristieEnregistré en 2002. 1 CD Virgin classics 7243 5 45554 2 8 qui peut être acheté en suivant ce lien.

 

2. Une sorte de hall de gare [28'35"]

 

Guillaume Bouzigac (c.1590-c.1640), Vulnerasti cor meum

 

Les Arts Florisssants
Les Pages de la Chapelle
William Christie, direction

 

Guillaume Bouzignac Motets Te Deum William ChristieEnregistré en 1993. 1 CD Harmonia Mundi HMC 901471 qui peut être acheté en suivant ce lien.

 

3. Charpentier vs Lully [28'39"]

 

Marc-Antoine Charpentier (1643-1704), Les Arts Florissants, idylle en musique H.487 : Scène 1

 

Agnès Mellon, La Musique, Catherine Dussaut, La Poésie, Guillemette Laurens, L’Architecture, Dominique Visse, La Peinture
Les Arts Florissants
William Christie, direction

 

Marc-Antoine Charpentier Les Arts florissants William ChrisEnregistré en 1981. 1 CD Harmonia Mundi HMA 1901083, à trouver d'occasion.

 

4. Un art florissant [28'21"]

 

Antoine Dauvergne (1713-1797), Concert de Simphonies en fa majeur, opus 3 n°2 (extraits) : Ouverture : Grave-Presto-[Adagio] – Andante – Allegro I & II – Chaconne

 

Cappella Coloniensis
William Christie, direction

 

Antoine Dauvergne Les Troqueurs William ChristieEnregistré en 1992. 1 CD Harmonia Mundi HMC 901454, à trouver d'occasion.

 

5. Jardin secret [28'21"]

 

Luigi Rossi (1598-1653), Un peccator pentito

 

Les Arts Florissants
William Christie

 

Luigi Rossi Oratori per la Settimana santa William ChristieEnregistré en 1986. 1 CD Harmonia Mundi HMC 901297, à trouver d'occasion.

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Published by Jean-Christophe Pucek - dans Instantanés
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commentaires

DavidLeMarrec 02/03/2014 19:11


Merci pour cette réponse, Jean-Christophe.


 


C'est d'autant plus dommage qu'en termes de constance et de qualité, son travail est devenu une valeur sûre à peu près infaillible ces dernières années.


 


Simultanément, j'ai aussi l'impression que malgré la formation au Jardin des Voix, il insiste moins qu'autrefois sur la qualité du français chanté ; peut-être un changement d'équipe aussi...


 


Mais content ou pas, sans lui, je me demande comment les ensembles spécialistes recruteraient – il y a bien les chantres de Versailles, mais le niveau technique et interprétatif n'est tout de
même pas similaire.


 


Je repasserai lorsque j'aurai écouté ça, donc.

Jean-Christophe Pucek 02/03/2014 20:00



Oui, David, j'ai lu sur CSS – je vous suis de façon plus constante que ce que mes commentaires laissent supposer – que vous aviez noté cette relative dégradation qui est peut-être due à une
présence moins permanente de Christie, car je ne crois pas qu'il soit homme à transiger sur son niveau d'exigence. Je ne pense pas, quelles que soient, par ailleurs, leurs qualités, que les
Chantres versaillais pourraient être à même de reprendre le flambeau, le cas échéant; c'est du moins ce que me laisse supposer l'inégalité parfois marquée de leurs prestations (là, je crois qu'il
y a clairement un manque de moyens pour faire vivre une telle institution).


A bientôt, donc, et belle soirée à vous.



Roland Koch 02/03/2014 18:58


Bonsoir Jean-Christophe,
je viens d'écouter quatre des entretiens à la file J'en ai appris, des choses! Un grand cadeau que vous avez fait là, il
ne m'arrive guère d'écouter France-Culture et n'aurais certainement rien su de l'existence de cette émission.
Ce périple, de Buffalo à la Vendée, est assez saisissant et raconté d'une manière qui fait surgir des "images" de ce qu'il évoque. Des images pas toujours belles d'ailleurs mais dévoilées sans
amertume. Un grand monsieur.


 

Jean-Christophe Pucek 02/03/2014 20:36



Bonsoir Roland,


Je suis heureux qu'aucune restriction ne vous ait empêché de profiter de ces entretiens, avouez que ça aurait été dommage Très honnêtement, je me suis régalé en les écoutant (3 puis 2 pour moi, vous avez été plus courageux), j'ai appris des choses que j'ignorais, par exemple sur les rapports avec Harmonia Mundi
– j'imaginais jusqu'ici que les Arts Flo étaient un des enfants gâtés du label, les choses étaient visiblement moins simples –, mais, surtout, je me suis surpris à être souvent ému et admiratif
devant le parcours d'un homme qui a dû vaincre bien des obstacles, même s'il a l'élégance de les minimiser aujourd'hui, pour vivre son rêve et éveiller les nôtres.


Je vous remercie bien sincèrement pour votre commentaire et pour vos encouragements. Ils me sont précieux et m'incitent à poursuivre les quelques aménagements que je suis en train d'introduire
doucement sur le blog.



DavidLeMarrec 27/02/2014 21:01


Bonsoir Jean-Christophe,


Je n'ai pas encore écouté cet entretien, que j'ai soigneusement téléchargé il y a quelques jours. Ce que vous dites du droit d'inventaire est très juste : considérant l'empreinte qu'il a laissée
sur la musique baroque, en tout cas française, et l'invention d'un style bien plus typé que ce que produisaient ses contemporains Malgoire ou Kuijken (sans parler d'Harnoncourt, qui n'a jamais
aimé ce répertoire et l'a mal servi), le respect est de mise. Mis à part Herreweghe, qui ne s'est pas spécialisé dans ce répertoire, mais le servait avec une couleur spécifique, peu de monde a eu
cette acuité vis-àvis des spécificités françaises.


En matière de phrasé, aujourd'hui encore, tout le monde fait du Christie dans ce répertoire (attaques blanches sur les appoggiatures, par exemple).


Tout n'est pas égal dans son legs, et certains enregistrements (plus rarement ce qu'il a fait sur le vif) manquent de chaleur, mais le reproche que je lui ferais tient plutôt dans la paresse de
répertoire de ces quinze dernières années. Depuis l'expulsion brutale d'Erato au moment du rachat de Teldec par Warner (tous les artistes ont été mis à la porte du jour au lendemain, tous les
projets annulés), il semble largement se contenter de remettre sur le métier (magnifiquement, certes) ce qu'il a lui-même exhumé autrefois. Considérant le prestige, le niveau et l'intérêt de
cette formation, c'est dommage, car il reste beaucoup de choses à exhumer.


En revanche, là où sa retraite fait frémir, c'est qu'il demeure le principal formateur de chanteurs dans ce style. Il suffit de regarder qui chante avec Rousset ou Niquet aujourd'hui : ce sont
les chanteurs du Jardin des Voix d'il y a quatre ans ou plus. Plus de la moitié des chanteurs en vue dans ce répertoire ont été formés par lui. Qu'adviendra-t-il lorsqu'il se retirera ?


Merci à vous de continuer de traiter tous ces beaux sujets...  

Jean-Christophe Pucek 02/03/2014 17:31



Bonjour David,


Je suis surpris et ravi de vous retrouver ici à l'occasion de ce billet consacré à William Christie.


Je vous avoue que je suis souvent choqué de la façon dont on traite parfois les interprètes aujourd'hui, ayant lu ici et là des choses assez terribles sur Christophe Rousset en sa qualité de
claveciniste ou, justement, sur Christie. Il me semble pourtant que ce dernier a, comme vous le rappelez justement, fait plus que tout autre pour la défense et l'illustration de la musique
française, imposant un style qui fait aujourd'hui autorité et vis à vis duquel, s'il me semble naturel qu'elles cherchent à trouver des solutions personnelles et à frayer leur propre voie, les
jeunes musiciens, dont certains n'ont, à ce jour, pas prouvé grand chose, seraient bien inspirées de montrer un peu plus d'égards.


Ceci dit, et pour être honnête, je suis, tout comme vous, très dubitatif sur ce que propose Christie depuis 10 à 15 ans, et j'ai été amèrement déçu en apprenant que le premier disque qu'il allait
publier sur son label discographique tout nouvellement créé était un Händel, cette tarte à la crème dont tout le monde se goinfre aujourd'hui. Il paraît cependant qu'y sera publié quelque jour
pas trop lointain un disque de musique française... ouf.


Comme vous l'entendrez dans ces entretiens, le souci d'inscrire les Arts Florissants dans une durée dépassant sa propre présence à leur tête est une préoccupation permanente de Christie, la
question de savoir si ses successeurs auront le même flair et la même pédagogie que lui restant, pour l'heure, sans réponse. Il faut souhaiter que cette pépinière qu'est le Jardin des voix ne
deviendra pas une friche après le départ de son fondateur, car une certaine idée d'un chant à la française serait alors sérieusement menacée et, quoi qu'en disent ses détracteurs, il ne se
rencontre pas un Christie à chaque génération.


Je vous remercie bien sincèrement pour votre commentaire et vous dis à bientôt chez vous ou ici même, mais toujours avec le même plaisir, pour ce qui me concerne.



alba 25/02/2014 15:17


Chaque jour, j´écoute William Christie, découvre cet homme qui en fait nous a rapproché de la musique française, nous lui en sommes très reconnaissants.


Je vous remercie aussi, vous, Passée qui, en restructurant vos billets, vous avez eu la bonne idée de nous présenter ces extraits musicaux et ces émissions de France Culture.


Bien cordialement.

Jean-Christophe Pucek 26/02/2014 07:58



J'ai tenté de scander ces cinq entretiens par un peu de musique, Alba, afin que ce billet ne soit pas uniquement de paroles et aussi pour donner à entendre des extraits de disques moins connus
que l'Atys de Lully ou les grands motets de Mondonville, deux des enregistrements les plus diffusés de William Christie.


Je suis ravi que cette publication ait retenu votre attention et, en vous remerciant pour votre commentaire, je vous souhaite une belle journée.



sylvie calmel 24/02/2014 10:39


Je me souviens de l'émotion que j'avais ressentie à l'écoute de cette musique française,grâce à M.William Christie.Je ne connaissais pratiquement rien de ces merveilles,et je les ai
découvertes,ainsi,par l'amour qu'en a eu cet Américain.Il est incroyable que la France musicale ait mis autant de temps pour reconnaître la valeur de son passé.


Tous les extraits que tu nous proposes me ravissent,et,j'ai eu le courage d'écouter la totalité des interviews de ce grand claveciniste(tu sais que je n'aime pas trop les discours).Il parle
beaucoup de lui,mais j'ai senti la passion qui l'a guidé sur ce chemin ardu.


Merci beaucoup,Passée des Arts,pour le travail que t'a demandé cet article sur ton blog.Je t'en suis reconnaissante.


Bien amicalement


 

Jean-Christophe Pucek 25/02/2014 07:52



Je suis, pour ma part, toujours très intéressé lorsqu'un musicien s'exprime autrement qu'au travers des notes, chère Sylvie, et qu'il donne à voir un peu des coulisses de son histoire. J'ai
trouvé ces entretiens avec cette grande figure qu'est William Christie absolument passionnants, et j'y ai même appris des choses sur son parcours, que je croyais plutôt bien connaître. Alors,
bien sûr, certains auront pu penser qu'il se raconte trop — qu'il se la raconte, diraient nos jeunes. Mais quel itinéraire, tout de même, que celui de ce passionné !


Je te remercie pour ton commentaire sur un billet qui a effectivement représenté quelques efforts et je te souhaite une belle journée.


Bien amicalement à toi.



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