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27 juillet 2011 3 27 /07 /juillet /2011 09:39

 

jean louis ernest meissonier a l ombre des bosquets chante

Jean Louis Ernest Meissonier (Lyon, 1815-Paris, 1891),
À l’ombre des bosquets chante un jeune poète
, c.1852-53.

Huile sur bois d’acajou, 18,4 x 21,7 cm, Londres, Wallace Collection.

 

centre musique romantique francaise palazzetto bru zaneS’intéresser à George Onslow, c’est être amené à se demander, au fur et à mesure que l’on découvre sa production, par quel étrange caprice ou aveuglement du sort elle a pu tomber dans le plus complet oubli avant d’être redécouverte, à partir des années 1970 mais surtout 1990, par une poignée de chercheurs tenaces. Le Palazzetto Bru Zane, dans le cadre de sa mission de valorisation du patrimoine musical romantique français, s’est, dès le départ, attaché à mieux faire connaître l’œuvre et le parcours de ce compositeur si malmené par la postérité, lui consacrant ouvrages et disques. Je vous propose d’en découvrir le dernier fleuron avec l’enregistrement intégral de la musique de chambre avec instruments à vents que vient de réaliser, en collaboration partielle avec l’Ensemble Contraste, le jeune Ensemble Initium pour le label Timpani.

 

À l’exception du Sextuor pour flûte, clarinette, basson, cor, contrebasse et piano, opus 30, composé en 1825, les partitions de chambre avec vents de George Onslow (1784-1853) datent de la fin de sa vie, puisque 1849 a vu la naissance du Nonette pour flûte, hautbois, clarinette, basson, cor, violon, alto, violoncelle et contrebasse, opus 77, et du Septuor pour flûte, hautbois, clarinette, basson, cor, contrebasse et piano, opus 79, le Quintette pour flûte, hautbois, clarinette, basson et cor, opus 81, pouvant, lui, être situé environ un an plus tard, les deux dernières œuvres ayant été publiées simultanément, en 1852. Comme souvent avec la musique d’Onslow, son premier essai en la matière fut accueilli avec circonspection par le public parisien tandis que l’Allemagne lui fit fête ; il fallut au Sextuor une vingtaine d’années pour connaître le succès en son pays, le temps nécessaire pour que le goût des salons évolue suffisamment pour leur faire accepter puis rechercher, ainsi qu’en atteste le succès du Nonette et du Septuor, des pièces qui, par leur configuration élargie, tiennent autant de la musique de chambre que de la symphonie (le nombre d’instruments du Nonette est, à un près, le même que celui employé par Gounod dans sa Petite Symphonie de 1888, uniquement pour vents) ou du concerto miniatures. Onslow ne fait pas preuve, dans ces quatre pages, de l’esprit aventureux qui signe nombre de ses quintettes et quatuors dont on commence seulement aujourd’hui à mesurer pleinement les audaces ; de façon sans aucun doute délibérée, il mise sur l’extrême raffinement des coloris né d’une science très sûre du mélange des timbres, ainsi que d’une esthétique empreinte d’élégance et de légèreté, modelée sur les us de la conversation entre gens du meilleur monde, pour retenir, avec succès, l’attention de l’auditeur. henri grevedon george onslowUsant d’une clarté formelle toute classique qui renvoie aux modèles bohémiens ou germaniques, qu’il s’agisse de son professeur, Jan Ladislav Dussek (1760-1812), ou de Johann Nepomuk Hummel (1778-1837), auxquels les parties pianistiques du Sextuor, d’ailleurs dédié à ce dernier, et du Septuor doivent beaucoup, ou de Louis Spohr (1784-1859), dont le succès de la création parisienne du Nonette, le 28 novembre 1847, encouragea le Français à écrire le sien en employant la même distribution instrumentale, Onslow ne manque également pas de se souvenir de la manière d’Antonín Reicha (1770-1836), qui fut son maître de composition et dont l’œuvre pour instruments à vents est abondante et pleine d’originalité, mais aussi de celle de Mozart et Haydn, dont l’esprit semble planer sur le Quintette, le premier dans la limpidité ponctuée d’un indicible trouble qui signe le mouvement liminaire, le second dans la vivacité espiègle du Scherzo, comme si, arrivé au terme de sa carrière, le compositeur souhaitait adresser un dernier salut à des temps qu’il savait révolus. Cette coexistence de deux mondes sensibles est d’ailleurs perceptible dans les quatre œuvres, qu’on ne saurait réduire à être les fruits d’une ultime floraison du classicisme ; les Andante à variations, si populaires dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, du Sextuor et du Nonette sont, à cet égard, éloquents, car ils font alterner la grâce souriante attendue avec des élans effusifs et de subits assombrissements nettement romantiques. Cette même humeur imprègne également certaines des phrases mélodiques, d’un lyrisme et d’un abandon à peine contenus évoquant tantôt l’atmosphère des Nocturnes, tantôt celle de scènes opératiques, des premier et troisième mouvements du Septuor. À la fois ancrée dans la tradition et soucieuse de la revivifier en la confrontant à la sensibilité de son siècle, la musique de chambre avec vents d’Onslow se révèle d’une richesse insoupçonnée et mérite sans nul doute que l’auditeur d’aujourd’hui s’y attarde.

 

L’interprétation que l’ensemble Initium (photographie ci-dessous) délivre de ces pages est de très haute volée, et si j’ai un unique bémol à exprimer, il concernera les cordes de l’Ensemble Contraste dans le Nonette. La prestation de ces jeunes musiciens, dont j’avais pourtant loué l’élégance dans un récent disque Fauré, y est, à mon goût, trop exagérément riche en vibrato, ce qui a pour conséquence d’empâter une partition requérant, tout au contraire, finesse du trait et sveltesse des textures. Sans tomber dans l’excès, tout aussi fautif, d’une esthétique absolument non vibrée, il me semble que seul un usage raisonnable de cet ornement rend réellement service aux œuvres d’avant 1900 ; les lecteurs moins sensibles que moi sur ce point me trouveront probablement trop tatillon. Cette réserve exprimée, ce sont uniquement des éloges que me semble mériter l’Ensemble Initium, dont le travail aussi précis que sensible sur les quatre œuvres permet de balayer définitivement l’idée selon laquelle elles pourraient être convenues ou faciles. En les abordant avec une envie et une humilité également indéniables qui leur permettent d’en prendre instantanément la mesure, les musiciens ne tardent pas à révéler ces pièces comme les véritables joyaux qu’elles sont, mettant aussi bien en lumière la subtilité de leur construction que les trésors de sensibilité qu’elles recèlent, que celle-ci s’exprime sur le mode de la légèreté (Allegro non troppo du Quintette) ou d’une gravité jamais pesante (Andante con variazioni du Sextuor). ensemble initiumLa discipline d’ensemble, la précision des attaques et les couleurs somptueuses de chaque pupitre, dont il faudrait citer nommément chaque titulaire pour ne pas être injuste, sont mises au service d’une vision véritablement élaborée qui prend les œuvres au sérieux sans jamais que ce respect soit paralysant, et leur insuffle une vivacité et une luminosité enthousiasmantes. Grâce à une excellente gestion des dynamiques, à l’écoute mutuelle et à la complicité entre des musiciens dont le plaisir de jouer ensemble est évident et communicatif, ces plus de deux heures de musique ne connaissent pas de temps mort et parviennent sans mal à tenir l’auditeur sous leur charme. Il me faut dire un mot de Johan Farjot, dont le rôle est essentiel dans le Sextuor et le Septuor, et qui y effectue un sans-faute, car, outre qu’il démontre des capacités techniques indiscutables, le pianiste de l’Ensemble Contraste parvient, avec une minutie qui atteste d’une connaissance, voire peut-être d’une pratique, des claviers du milieu du XIXe siècle, à doser la densité sonore de son instrument avec une intelligence et une justesse assez extraordinaires. Vous penserez peut-être que ce n’est qu’un détail, et pourtant celui-ci change tout, car le piano, libéré de toute lourdeur, particulièrement dans les registres graves, y gagne grandement en spontanéité et s’intègre avec beaucoup plus de naturel dans la texture instrumentale où il peut briller sans écraser ses partenaires. Les pièces acquièrent ainsi un équilibre et un raffinement superbes. Notons, pour finir, que ce magnifique travail collectif est servi par une prise de son dont la précision sans sécheresse et la transparence rendent parfaitement justice au travail des musiciens, en lui offrant un épanouissement acoustique conforme à ce qu’on imagine pouvoir être celui d’un salon des années 1840-1850.

incontournable passee des artsJe vous recommande donc tout particulièrement ce double disque qui constitue, à mes yeux, un apport d’importance à la discographie de George Onslow, en ce qu’il permet de disposer d’une interprétation artistiquement de tout premier plan, car cohérente, idiomatique et sensible, de sa musique de chambre avec vents, justifiant, malgré la réserve émise quant au Nonette, l’attribution d’un Incontournable Passée des arts. On espère vivement que le Palazzetto Bru Zane permettra aux excellents musiciens de l’Ensemble Initium, ainsi qu’à Johan Farjot, de continuer à explorer le répertoire romantique écrit en France pour leurs instruments ; Reicha, Blanc, Gounod, Farrenc ou Gouvy, entre autres, n’attendent qu’eux.

 

george onslow complete chamber music wind instruments ensemGeorge Onslow (1784-1853), La musique de chambre avec instruments à vents.
Sextuor pour flûte, clarinette, basson, cor, contrebasse et piano en mi bémol majeur
, opus 30*, Septuor pour flûte, hautbois, clarinette, basson, cor, contrebasse et piano en si bémol majeur, opus 79*, Nonette pour flûte, hautbois, clarinette, basson, cor, violon, alto, violoncelle et contrebasse en la mineur, opus 77**, Quintette pour flûte, hautbois, clarinette, basson et cor en fa majeur, opus 81.

 

Ensemble Initium
avec Johan Farjot, piano*, et l’Ensemble Contraste**

 

2 CD [74’49” et 59’13”] Timpani 2C2185. Incontournable Passée des arts. Ce double disque peut être acheté en suivant ce lien.

 

Extraits proposés :

1. Sextuor, opus 30 :
[III] Andante con variazioni

2. Septuor, opus 79 :
[IV] Finale. Allegretto

 

Illustrations complémentaires :

Pierre Louis Henri Grévedon (Paris, 1776-1860), George Onslow, 1830. Lithographie, 32 x 24 cm, Paris, Bibliothèque Nationale de France.

La photographie de l’Ensemble Initium et de l’Ensemble Contraste, prise durant les sessions d’enregistrement du disque, est de Batiste Arcaix. Je remercie l’Ensemble Initium de m’avoir autorisé à l’utiliser.

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Published by Jean-Christophe Pucek - dans Gallicismes
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commentaires

Nicole Pistono 13/08/2011 21:45



Que dire après tous ces commentaires élogieux, sinon que grâce à ces larges extraits j'ai pu découvrir Onslow, et que ce fut un plaisir. Pour moi, qui suis, depuis toujours, particulièrement
sensible aux couleurs des instruments, quel régal ! La qualité de l'interprétation et de la prise de sons mettent effectivement vraiment en valeur la finesse et l'équilibre subtil de
l'instrumentation. Quant au pianiste, sa rare intelligence de la musique n'a d'égal que sa qualité d'écoute de ses partenaires. Et je suis moi aussi très sensible à ces basses si légères. Bref,
je suis sous le charme et je te dis grand merci Jean-Christophe.



Jean-Christophe Pucek 15/08/2011 08:45



Je suis très heureux que cette chronique t'ait permis de découvrir ce très beau et encore trop méconnu compositeur qu'est George Onslow, Nicole. Cet enregistrement est, à n'en pas douter, une
très belle réussite, pleine de fraîcheur et de raffinement, démontrant, chez les jeunes interprètes de l'Ensemble Initium comme chez le pianiste Johan Farjot, une véritable intelligence de ce
répertoire qui ne donne qu'une envie : les retrouver au plus vite dans ce type d'oeuvre qui leur va si bien.


Grand merci pour ton commentaire.



Pascal Bertrand 02/08/2011 08:59



Très raffraîchissant, une légèreté que j'aime !!!


Belle journée à Passée des Arts



Jean-Christophe Pucek 02/08/2011 09:47



Je suis heureux que cette musique ait accompagné avec bonheur le début de ta matinée, cher Pascal. Puisse ton mardi se dérouler sous des auspices aussi rafraîchissants que ceux sous lesquels il a
commencé.



cyrille 31/07/2011 13:06



Sachant combien difficile est l' écriture pour formation de chambre, je reste admiratif devant la pleine maîtrise d' Onslow ici. Les deux extraits que tu proposes sont admirables d' équilibre des
nuances, des couleurs, des rythmes, etc. Avec une nette vision " symphonique " due évidemment au traitement des timbres notamment. Aucune lourdeur, en effet. Mais bien un tour de force
compositionnel dans sa simplicité apparente des phrasés, des lignes mélodiques coulant avec un naturel époustouflant. Rien à redire sur l' excellence par ailleurs des interprètes. Une belle
découverte ou redécouverte, en tous les cas.


Je t' embrasse, mon J-Ch   



Jean-Christophe Pucek 31/07/2011 14:47



C'est un point sur lequel j'aurais peut-être dû un peu plus insister, cher Cyrille : Onslow écrit ses symphonies comme de la musique de chambre et sa musique de chambre comme des symphonies, on
lui a d'ailleurs beaucoup reproché le premier fait de son vivant, du moins en France, puisque sa musique a été fêtée, sous toutes ses formes, en Allemagne, adoubée par des compositeurs de la
trempe de Mendelssohn et Schumann, quand le public parisien faisait, lui, la fine bouche. Je suis heureux que ces extraits t'aient plu et peut-être te donneront-ils l'envie de découvrir plus
avant la musique de ce George qui, avoue-le, mérite mieux que l'oubli. J'y reviendrai, je le pense, dans les semaines à venir


Belle journée à toi et merci pour ton commentaire.


Je t'embrasse, mon ami.



Marie-Reine 30/07/2011 00:23



Voilà un riche billet dont on apprécie avec reconnaissance la longueur des extraits musicaux, nous donnant le temps d’entrer à loisir dans un univers foisonnant et d’apprécier un compositeur très
attachant. Je ne connaissais pas la musique de chambre pour vents d’Onslow mais, pur hasard, il y aura sur mon pupitre à la rentrée ses deux sonates pour piano à quatre mains : l’écoute de l’une
va nourrir les autres, soyez-en certain !


J’ai beaucoup goûté l’Andante à variations aux réminiscences de Schubert. J’ai pu en trouver une édition ancienne sur mon site de partitions préféré, avec toutes les parties séparées. Vous avez
raison, quel art de coloriste ! La deuxième variation est particulièrement réussie avec les entrées du cor, de la clarinette et de la flûte, qui s'inversent à la reprise de la mélodie. Tous les
instrumentistes sont hors pair mais quel formidable pianiste ! On retrouve avec bonheur la vivacité lumineuse à l’œuvre dans l’Attrape-qui-peut du Fauré-Pont des Arts-écharpe blanche. Comme vous
le soulignez aussi, on apprécie les registres graves idéalement dosés, et les aigus jamais criards, jamais forcés, de la flûte à s’y méprendre (var.3, après l’intro du basson) !
Merci donc pour ces musiques que vous savez si bien partager et nous faire aimer. Et aussi pour Meissonier qui fait remonter des souvenirs enfouis et précieux : une lointaine exposition à Lyon,
au musée Saint-Pierre, et les regards brillants de mes tout jeunes enfants, subitement silencieux devant les tableaux-miniatures.



Jean-Christophe Pucek 30/07/2011 18:37



J'ai volontairement choisi des extraits un peu longs (en regrettant de ne pas pouvoir publier in extenso les 14 magnifiques minutes de l'Allegro moderato liminaire du
Septuor), afin de laisser les ambiances s'installer et le charme agir, Marie-Reine; je suis très heureux non seulement qu'il ait agi sur vous, mais aussi qu'il s'agisse d'une découverte
: rien que pour ça, l'existence de ce billet est justifiée.


Il m'est difficile d'ajouter quoi que ce soit à ce que vous avez dit sans vous paraphraser, d'autant que vous vous attardez, avec une science bien supérieure à la mienne, sur le mouvement que
j'aime le plus et qui est, à mon sens, le plus révélateur de la richesse réelle de la musique d'Onslow, si longtemps ignorée - modernité musicale, que de crimes perpétrés en ton nom. Je me
réjouis sincèrement d'apprendre que des partitions de l'Auvergnat vont rejoindre votre pupitre à la rentrée, j'espère que vous allez y travailler avec beaucoup de plaisir - je compte sur vous
pour m'en parler un peu ? Ah si, une dernière chose sur le disque : c'est un véritable bonheur pour moi de voir que nous nous rejoignons sur l'appréciation portée sur le travail de Johan Farjot,
que je trouve assez extraordinaire, d'une parfaite intelligence et d'une grande sensibilité. Voici un pianiste que j'espère retrouver très vite.


Enfin, une fois encore, vous m'avez ému en offrant ici une bouffée de vos souvenirs personnels, cette touche qui fait de tous vos commentaires un moment privilégié. De votre ouverture à toutes
les musiques comme de votre chaleur où chacun sent que n'entre aucun calcul, les lecteurs de Passée et celui qui y écrit vous sont, je le sais, profondément reconnaissants.



Nath 28/07/2011 18:56



Oui merci c'est une découverte



Jean-Christophe Pucek 29/07/2011 07:22



Je suis très heureux qu'elle vous ait plu, Nath, et je vous souhaite une belle journée



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