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30 avril 2010 5 30 /04 /avril /2010 18:23

 

jacob van ruisdael champ de ble

Jacob Isaakszoon van RUISDAEL (Haarlem, c.1628/9-1682)
Le champ de blé
, c.1660.
Huile sur toile, 46 x 56 cm, Lille, Palais des Beaux-Arts.
[cliquez sur l’image pour l’agrandir]

 

Le temps passe si vite qu’on a presque du mal à s’apercevoir de sa fuite. L’air de rien, voici déjà le centième billet publié sur Passée des arts, et sans être particulièrement adepte des célébrations et autres commémorations, je veux néanmoins saisir l’occasion qu’il m’offre pour effectuer une manière de bilan et envisager quelques perspectives.

 

Toutes les observations, qu’elles soient dues aux auteurs de sites ou aux scrutateurs de la vie de la Toile, convergent vers un même constat : la belle époque des blogs semble définitivement révolue, l’incroyable floraison qu’ils ont connue se trouvant sérieusement mise à mal, entre autres, par le succès que connaissent les réseaux sociaux. Je ne vais pas instruire ici le procès de Facebook, d’autant que je m’y suis inscrit l’été dernier et que je participe donc, même si c’est plutôt parcimonieusement, au mouvement d’ensemble qu’il induit. Ceci n’empêche néanmoins pas d’être lucide sur les ravages que provoque un outil dont les maîtres-mots sont l’immédiateté et une certaine superficialité, comme ces conversations de salon dont la valeur se résume au plaisir de l’instant et que le moindre souffle dissipe comme fumée. Je reste toujours extrêmement dubitatif, quelque justification que l’on m’en donne, à voir apparaître sur ce type de réseau des notations qui ne renvoient qu’à l’ego de leur auteur (X étale sa confiture, Y son intimité familiale ou sexuelle) et ne regardent finalement que lui, sans parler du fameux bouton « j’aime » qui, en un clic, semble dédouaner certains d’exprimer par ailleurs une réflexion un tant soit peu construite. On est ici, à mes yeux, dans une logique absolument conforme à celle de notre époque, celle d’un « vite consommé, vite oublié » qui ne s’arrête vraiment sur rien et préfère perdre de précieuses minutes en papillonnages aussi sympathiques, sans doute, qu’ils sont finalement vains. Même si les réseaux sociaux peuvent se révéler très efficaces pour faire connaître les billets publiés sur un site, ils me semblent également décourager les débats de fond ou l’approfondissement des sujets, et ceux qui aujourd’hui déplorent la baisse de fréquentation de leurs blogs devraient peut-être se demander si l’éparpillement ne peut se révéler, à terme, un poison.

A l’opposé de cette logique de précipitation, je tente, en nourrissant Passée des arts, d’offrir à celles et ceux qui me font l’honneur de me lire un peu de lenteur. Je ne l’ai jamais caché, je ne suis pas de ces esprits brillants qui peuvent, en vingt lignes et vingt minutes, livrer des textes percutants et bien sentis ; j’ai besoin de recul pour digérer ce que j’écoute, ce que je vois, ce que je lis. Un billet naît rarement avant une bonne semaine de maturation et quelque effort que je fasse, la concision est visiblement une qualité que je n’aurai jamais. J’ai conscience de demander autant de concentration à mes lecteurs que ce que la conception de ce que je leur propose m’en a coûté. Néanmoins, s’il est évident que bien des choses demeurent encore imparfaites sur ce site, notamment la place trop réduite qu’y occupe la littérature, le pouls de Passée des arts, comme le tactus de la musique de la Renaissance, demeurera, je crois, plus tranquille qu’endiablé, invitant celles et ceux qui posent leur regard sur ce qui y est proposé à prendre le temps de s’arrêter, de humer, de goûter. S’abstraire du quotidien, de la course du monde comme il va, tourner son regard vers ce qui nous élève, sont, sans que nous le sentions toujours, des actes de résistance. Comme le cavalier de Ruisdael regarde le champ de blé transfiguré par le soleil, comme le poète chante l’immuable retour des saisons, notre densité d’Hommes se tient aussi, je crois, dans notre volonté de conserver, quand bien même elle contient une part terrible, cette conscience du temps qui passe.

 

Je remercie toutes celles et tous ceux qui, par leurs commentaires et leur fidélité, font vivre Passée des arts. Sans vous, ce site n'existerait pas.
A bientôt.

 

Jean FERRAT (1930-2010), Les saisons (1972). Paroles et musique de Jean Ferrat.

 

jean ferrat 1972 19751972-1975, A moi l’Afrique – La femme est l’avenir de l’homme. 1 CD Temey. Ce disque peut être acheté en suivant ce lien.

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Published by Jean-Christophe Pucek - dans Entre nous
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commentaires

Briesing 26/08/2010 17:14



Ce doit être cela... je ne pense pas à revenir après mes commentaires et je vais trop rarement sur ma boîte aux lettres liée au blog.


Pour ce qui est de la lenteur, après un été très agréable mais riche en partages familiaux et amicaux, je déguste avec bonheur les derniers jours où il m'est permis de prendre
plaisir à ressentir le temps s'écouler lentement...


J'espère que tu as toi aussi passé un agréable été.



Jean-Christophe Pucek 26/08/2010 17:25



Tu sais, l'été n'est vraiment pas ma saison, d'abord parce que je supporte très mal la chaleur, mais aussi à cause de l'alanguissement et de la superficialité propres à cette saison Je vois arriver l'automne avec joie, tellement d'ailleurs qu'il me semble ne pas venir assez vite Je suis très heureux, en tout cas, que tu aies passé un bel été, riches de ces partages qui font toute la densité d'une vie.


A très bientôt et amicalement à toi.



Briesing 25/08/2010 00:42



Je découvre seulement maintenant ta réponse... merci !



Jean-Christophe Pucek 26/08/2010 08:01



Ma réponse aurait-elle "pris le temps de la lenteur", pour être fidèle au titre du billet, chère Briesing ?
L'essentiel est que tu aies fini par la trouver. J'espère que tu vas bien et que tu as passé un bel été.


Amitiés.



Henri-Pierre 08/05/2010 08:31



Cher Jean-X, ce débat-là a tellement nourri un si grand nombre de nos conversations que je vais avoir, en te commentant, l'impression de râbacher, mais bon, on ne se lasse pas de Ferrat, pourquoi
nous lasserions-nous de nos basses et même de nos hautes obstinées ?


Je ne suis pas si certain que cela que les Facebook, twitters et autres texto soient de vrais dangers pour les blogs, les blogs d'immédiateté seront certainement tués, les réseaux sociaux les
remplaçant avantageusement avec, en plus, l'avantage de la fraîcheur, mais les blogs, à l'instar du tien par exemple, qui disent ce qui ne peut se résumer n'encourent aucun danger, de cela j'en
suis sûr ; le téléphone et le SMS ont raréfié la carte postale ou le petit pli timbré "papy se remet lentement de sa goutte et les enfants travaillent bien à l'école", mais l'écriture est-elle
morte pour autant ? Non, elle reste le luxe ultime de ceux qui veulent correspondre et non "donner des nouvelles". Pour moi, l'abandon du "petit mot de circonstance" au profit des courriels et
autres coups de fil, s'est traduit par un vrai acte d'écriture avec encre violette, plume sergent-major et papier vergé  ; de n'écrire que pour dire quelque chose a rendu ses lettres de
noblesse aux... lettres.


Je sais que tu n'est pas mysonéiste, je sais que la réflexion et les lenteurs de la maturation resteront des traits d'appartenance très forte pour toi, pour moi aussi d'ailleurs. Alors laissons
l'écume frisotter la crête des vagues, les mouvements de fond n'en sont pas pour autant affectés.
Le bon grain ainsi se sépare de l'ivraie


Tiens, soudain envie de t'envoyer un sms, à moins que FB...



Jean-Christophe Pucek 08/05/2010 17:53



Effectivement, voici un débat que nous avons bien souvent abordé ces derniers temps, mon ami, mais il me semble qu'il est très loin d'être clos.


Tout comme toi, je pense que l'apparition des réseaux sociaux va forcément conduire à un écrémage dans le petit monde des blogs, peut-être nécessaire si l'on considère que certains n'apportent
guère plus de substance que ce qui se rencontre, par exemple, sur Facebook. Je ne suis pas, en revanche, pleinement convaincu que cette sélection ne s'opèrera que de cette façon, et encore moins
qu'elle ne sera pas, à plus ou moins long terme, accompagnée de quelques dommages collatéraux. Garde présent à l'esprit que la rapidité qui est la marque des réseaux sociaux entraîne aussi, même
si c'est à leur insu, les lecteurs vers des réflexes de paresse et de papillonnage qui seront, à terme, néfastes pour tout le monde. Et si, comme tu le remarques justement, les moyens de
communication modernes n'ont pas tué l'écriture, ils l'ont néanmoins "élitisée", si tu me permets ce vilain néologisme. Et tu sais ce que je pense de l'élitisme...



Briesing 05/05/2010 13:27



100ème billet... quand on imagine le temps passé pour chacun d'eux, c'est une mine d'or que tu nous offres ici.


En réponse au sujet traité par ce dernier billet, je trouve que le titre pourrait se rapporter à ton blog. Pour moi, en tout cas, c'est toujours un moment suspendu,
une pause dans un quotidien pris d'une course en avant que je tente de ralentir autant que possible. Venir ici fait partie de ces moments-là. Je ne cliques d'ailleurs jamais sur ton blog si je
n'est pas le temps de me pauser. Je préfère attendre d'avoir du temps devant moi et me délecter - tant de la lecture que des musiques proposées (c'est surtout pour la musique que je viens ici. Un
régal !) - et j'attends si possible d'être seule car je n'aime pas être dérangée pendant mon passage ici. Tu as vraiment réussi à créer un espace riche qui met le visiteur dans un espace-temps
qui l'enrichit. Quelle prouesse par les temps qui courent...
Je ne suis pas sur Facebook et ne sais donc pas quelle influence cela peut avoir sur les blogs, mais j'espère sincèrement que tu ne souhaites pas lâcher l'aventure de Passée des Arts.



Jean-Christophe Pucek 06/05/2010 14:02



Tu as parfaitement saisi, chère Briesing, à quel point le titre de ce 100e billet pouvait résumer, à lui seul, une grande partie du projet de ce site, qui se veut la possibilité d'une parenthèse
face à l'agitation du monde comme il va. Je comprends d'autant mieux que tu réserves tes visites aux moments où tu souhaites prendre le temps d'une respiration, car je crois pouvoir dire que
c'est également ainsi que j'en userais.


Continue longtemps, de ton côté, à nous enchanter par tes magies photographiques que je prends, moi aussi, tout le temps de savourer, tant tes clichés vont, à mes yeux, bien au-delà de la
réjouissance visuelle par la capacité que tu as d'y faire sentir des histoires, des instants de vie.


Merci infiniment pour ta fidélité et à très bientôt, ici ou chez toi.



Sophie Wauquier 04/05/2010 21:17



Merci pour "Passée des arts" et ce 100ème billet, délicat et tranquille. Très beau tableau vu maintes fois au musée de Lille. Votre blog est pour moi à chaque fois "L'embellie" pour vous répondre
aussi avec Ferrat


" Un instant de rêve et de pause, dans le tumulte de la vie, l'embellie".


C'est par Mathias Weckmann et votre billet sur Bruges que je suis entrée dans votre blog. Magnifique page et magnifique musique.


J'espère pouvoir vous lire et vous écouter encore longtemps. Et je peux vous aider, dans la mesure de mon temps malheureusement très (trop) compté pour des billets littéraires si vous le
souhaitez.


Bien à Vous.


Sophie.


 


 



Jean-Christophe Pucek 06/05/2010 13:50



C'est moi qui vous remercie, Sophie, pour la gentillesse de votre commentaire et pour votre proposition dont il faudrait que nous reparlions "hors site" afin de voir ce qu'il serait possible
d'envisager, sans empiéter le moins du monde sur votre emploi du temps.


J'espère avoir le bonheur de vous accueillir longtemps encore sur Passée des arts, tant que vous trouverez du plaisir à découvrir ou redécouvrir ce que j'y propose. Sachez que votre
soutien m'est précieux pour que cette aventure continue.


Bien à vous.



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