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29 mars 2012 4 29 /03 /mars /2012 15:41

 

gabriel de saint-aubin triomphe amour sur tous les dieux Gabriel de Saint-Aubin (Paris, 1724-1780),
Le Triomphe de l’Amour sur tous les dieux
, 1752.

Huile sur toile, 97 x 129 cm, Rouen, Musée des Beaux-Arts.

 

Les lecteurs qui me font l’honneur de suivre les publications de Passée des arts savent la distance que j’entretiens avec le domaine lyrique et le recul avec lequel j’accueille les récitals d’airs qui pullulent aujourd’hui et dont beaucoup ne présentent pas même un intérêt documentaire, puisqu’ils se cantonnent à seriner les mêmes airs usés jusqu’à la corde d’une poignée de compositeurs. Heureusement, à l’instar des trois volumes de Tragédiennes portés par Véronique Gens et Christophe Rousset (Virgin), certains projets viennent démentir ce triste constat. C’est le cas d’une nouvelle parution réunissant aujourd’hui, pour Naïve, Sandrine Piau et Les Paladins sous la direction de Jérôme Correas et intitulée Le Triomphe de l’amour.

 

D’Acis et Galatée de Jean-Baptiste Lully (1686) à Renaud, ou la suite d’Armide d’Antonio Sacchini (1783), bornes choisies pour ce programme, les évolutions intervenues, en France, dans le domaine de l’opéra, ce terme devant être compris dans son acception la plus large afin d’y intégrer la tragédie biblique de Marc-Antoine Charpentier, David et Jonathas, d’ailleurs qualifiée par ce mot dans le compte rendu qu’en fit Le Mercure Galant à la suite de sa création en 1688joseph marie vien jeunes grecques parant de fleurs amour en, sont bien sûr nombreuses, mais elles s’accompagnent également de permanences que l’on chercherait en vain ailleurs en Europe, comme la survivance, presque jusqu’à l’aube de la Révolution, du genre spécifiquement français de la tragédie lyrique, certes de plus en plus éloigné de sa forme lulliste d’origine par les différentes influences s’étant exercées sur lui presque dès la mort de son inventeur puis, de façon plus décisive, dans les années 1730 grâce à Michel Pignolet de Montéclair (Jephté, 1732) et à Jean-Philippe Rameau (Hippolyte et Aricie, 1733), ainsi que lors du séjour de Christoph Willibald Gluck à Paris entre 1774 et 1779. Aux côtés de ce genre strictement codifié, dont le caractère parfois corseté de l’esthétique noble portait en lui-même les germes de sa péremption, des formes plus libres vont, non sans provoquer quelques retentissantes empoignades entre partisans de la tradition française et de la manière italienne dont la plus célèbres est la Querelle des Bouffons, se développer et abandonner progressivement la pompe voulue par Louis XIV au profit d’autres conventions empreintes de plus de souplesse et de naturel, qu’il s’agisse des pastorales, des entrées ou des opéras comiques.

Sans trop entrer dans des détails qui dépasseraient le cadre de cette chronique, mais illustrent néanmoins bien les évolutions du genre lyrique, on peut établir des parallèles avec celles intervenues dans le domaine de la peinture. Ainsi, les élans contradictoires de Galatée dans l’extrait de la pastorale Acis et Galatée de Lully semblent constituer une parfaite illustration des réflexions d’un Le Brun sur les passions tandis que le bouleversant air « A-t-on jamais souffert une plus rude peine » tiré du David et Jonathas de Charpentier possède la noblesse de ses compositions, alors que l’arioso « Espoir des malheureux » de l’Idoménée de Campra (1712) offre une touche plus adoucie qui n’est pas sans évoquer Jean-François de Troy. joseph marie vien amant couronnant maitresseAvec Scanderberg de Rebel et Francœur (1735), dont la qualité des deux aperçus qui nous sont proposés donne l’envie d’en entendre plus, l’atmosphère change pour faire place à une sensualité qui nous rappelle que nous sommes à l’époque de Lancret et des turqueries de Carle van Loo (un tableau comme Le Grand Turc donnant un concert à sa maîtresse date de 1737), mais c’est sans doute avec Rameau que la rupture est la plus franche ; comment ne pas songer, avec lui, aux grâces souriantes de Boucher (« Viens, hymen » des Indes galantes, 1735), à sa sensualité épanouie (« L’amour est le dieu de la paix », Anacréon, 1757), à son exigence de légèreté (« Je vole, amour », Les Paladins, 1760) ? S’il est une musique qui met magnifiquement en lumière l’apogée de la notion de goût qui marque toute la période d’influence sur les arts de Madame de Pompadour (1745-1764, voir ici) et autorise nombre d’audaces et d’expérimentations, c’est certainement la sienne. Enfin, l’air sobrement sentimental extrait de La Bohémienne de Favart (« Pauvre Nise », 1755) et celui hésitant entre ivresse de virtuosité et simplicité de carrure de Grétry (« Je romps la chaîne qui m’engage »,  L’Amant jaloux, 1778) nous conduisent l’un vers l’univers de Greuze, l’autre vers celui de Fragonard, alors qu’ils trouvent leur pendant presque antithétique dans « Que l’éclat de la victoire se répande sur vos jours » du Renaud de Sacchini dont le caractère héroïque et guerrier regarde déjà vers le néoclassicisme de Vien et de son plus célèbre élève, David.

 

Placé sous le signe de doubles retrouvailles, celles de Sandrine Piau et de Jérôme Correas (photographie ci-dessous), deux artistes ayant fait ensemble une partie de leurs études musicales, mais aussi celles de la soprano avec le répertoire qui lui a permis d’effectuer la carrière que l’on sait, cet enregistrement se devait d’être un moment d’exception. À mon avis, il l’est, et ce pour plusieurs raisons. Le programme est, tout d’abord, construit avec beaucoup de pertinence, car non seulement la disposition des différents airs permet d’obtenir une belle variété de climats rehaussée de pauses instrumentales bienvenues, mais surtout les extraits ont été choisis avec un goût très sûr, alternant le connu et le délaissé en offrant toujours une musique de très bonne facture. La façon dont Sandrine Piau s’en empare est, ensuite, assez ébouriffante et pas uniquement du strict point de vue d’une technique vocale qui apparaît ici particulièrement affûtée et permet à la soprano de se rire des difficultés que Grétry ou Rameau ont semées dans leurs partitions tout en préservant au maximum l’intelligibilité du texte. sandrine piau jerome correasAu-delà de la beauté de la voix, ce qui frappe et convainc est l’investissement dramatique de tous les instants de la chanteuse, qui insuffle une vie indiscutable à chaque scène et incarne pleinement les différents personnages ; qu’il s’agisse de l’abattement de la pauvre Nise, des dilemmes qui déchirent Jonathas ou de la fureur de Roxane, on y croît et on vibre de concert. Certains chroniqueurs négligent trop souvent de s’en souvenir, un enregistrement d’opéra, c’est aussi un orchestre et Les Paladins en sont ici un superbe, qui délivre un son très plein et parfaitement timbré, se plaçant vis-à-vis de Sandrine Piau mieux qu’en accompagnateur, en véritable partenaire capable de la soutenir comme de lui donner la réplique. Tout au long de cette heure de musique qui passe trop vite, les musiciens sont admirables de réactivité et de dynamisme, détaillant parfaitement chaque ligne tout en offrant des textures sensuelles et des couleurs extrêmement séduisantes. Jérôme Correas dirige son monde avec un instinct très sûr fondé sur une connaissance approfondie du répertoire. Ses choix de tempo et de caractère sont toujours justes, sa battue possède la fermeté de trait et la vivacité souhaitables sans jamais verser dans la précipitation ou la dureté, et il sait également apporter aux moments les plus tragiques l’ample respiration dont ils ont besoin pour s’épanouir. La complicité qui unit les interprètes réunis autour de ce projet est partout palpable et en fait une incontestable réussite que l’on pourrait nommer Le Triomphe de l’amitié.

incontournable passee des artsConjuguant parfaitement brio et intelligence, cet enregistrement hautement recommandable est une des excellentes surprises de ce premier trimestre de l’année 2012. Chacun y puisera, selon son goût, la part d’ivresse vocale ou orchestrale dont il se montre prodigue, tout en faisant de très intéressantes découvertes en termes de répertoire. Je retiens également, pour ma part, la grande sensation de justesse qu’il dégage tant du point de vue de la traduction de l’esprit des différentes époques qu’il documente que du panorama de l’évolution de l’opéra français qu’il propose. Combien de disques peuvent aujourd’hui prétendre posséder tant d’atouts ?

 

triomphe de l amour sandrine piau paladins jerome correasLe Triomphe de l’Amour. Airs & pages instrumentales extraits d’opéras de Jean-Baptiste Lully (1632-1687), Marc-Antoine Charpentier (1643-1704), André Campra (1660-1744), Jean-Philippe Rameau (1683-1764), François Rebel (1701-1775) & François Francœur (1698-1787), Charles-Simon Favart (1710-1792), Antonio Sacchini (1730-1786), André-Ernest-Modeste Grétry (1741-1813)

 

Sandrine Piau, soprano
Les Paladins
Jérôme Correas, direction

 

1 CD [durée totale : 60’57”] Naïve OP 30532. Incontournable Passée des arts. Ce disque peut être acheté en suivant ce lien.

 

Extraits proposés :

1. Campra, Idoménée (1712) :
Acte IV, scène 1 : « Espoir des malheureux » (Ilione)

2. Favart, La Bohémienne (1755) :
Acte II, scène 7 : « Pauvre Nise ! » (Nise)

3. Sacchini, Renaud (1783) :
Acte III, scène 10 : « Que l’éclat de la victoire se répande sur vos jours » (Coryphée)

 

Des extraits de chaque plage peuvent être écoutés ici.

 

Illustrations complémentaires :

Joseph-Marie Vien (Montpellier, 1716-Paris, 1809), Jeunes Grecques parant de fleurs l’Amour endormi, 1773. Huile sur toile, 335 x 194 cm, Paris, Musée du Louvre (cliché © RMN-GP/D. Arnaudet).

Joseph-Marie Vien, Amant couronnant sa maîtresse, 1773. Huile sur toile, 335 x 202 cm, Paris, Musée du Louvre (cliché © RMN-GP/A. Dequier-M. Bard).

Ces deux œuvres font partie d’un ensemble de quatre, commandé par Madame du Barry pour son pavillon de Louveciennes et destiné à remplacer quatre tableaux de Fragonard.

 

La photographie de Jérôme Corréas et Sandrine Piau est de Jean-Baptiste Millot pour Qobuz.com

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Published by Jean-Christophe Pucek - dans Gallicismes
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commentaires

Danièle 05/11/2012 15:16





Disons que vous me laissez Puccini et que je vous laisse Bruckner, qui n’est jamais passé chez moi. Cela laisse beaucoup d’autres noms et œuvres à partager, des anglais entre autres, tout à fait
d’accord. Au hasard, Delius ; le jardin du Paradis ou Rutter ; the lord is my Shepherd, dans le Requiem …


Ne vous arrêtez pas d’écrire surtout, c’est un tel plaisir de se retrouver avec vous en terrain connu.


Bien amicalement,


Danièle.

Jean-Christophe Pucek 06/11/2012 07:16



Marché conclu, Danièle Vous voyez, une de mes plus grandes frustrations, avec le fait de ne pas avoir assez de temps
pour écrire sur la peinture, est de ne pouvoir ouvrir ici de rubrique spécifiquement consacrée à la musique britannique, si mal connue et appréciée en France.


Merci pour vos encouragements, qui me font chaud au cœur, et très belle journée.


Bien amicalement à vous.



Danièle 05/11/2012 12:53


Chose promise, chose due : nouveau commentaire après l'écoute intégrale du "Triomphe de l'Amour". Tout me fait craquer dans ce disque, y compris le titre. Voilà du théâtre qui se passe de scène,
c'est magique, et même, peut-être bien que la touche d'un de nos metteurs en scène à la mode gâcherait tout. 


Tout à fait d'accord pour Scandeberg. 


Il est temps que l'ancien opéra français retrouve ses lettres de noblesse. Sans être (trop) chauvine, l'élégance de Mme de Pompadour n'a-t-elle pas largement débordée de son siècle ? J'ai souvent
remarqué que les amateurs de baroque se retrouvaient plus souvent dans le raffinement du romantisme et post-romantisme français que dans les débordements allemands, russes ou italiens. Cela dit,
mes goût étant éclectiques, s'il n'y avait pas eu Brahms, Puccini ou Rachmaninov, ce serait bien dommage.

Jean-Christophe Pucek 05/11/2012 14:02



Je vous avoue, Danièle, que je ne suis pas grand amateur d'opéra, même si j'en ai beaucoup écouté autrefois et que l'Orfeo de Monteverdi reste à jamais une de mes œuvres fétiches,
puisque c'est par elle que j'ai commencé mon éducation à la musique baroque vers mes 13 ans. Votre observation sur le goût des amateurs de ce dernier répertoire pour la musique française est très
juste, mais je vous avoue que si l'opéra italien romantique et post-romantique et la musique russe me laissent assez froid, j'ai un goût très prononcé également pour la musique allemande,
instrumentale en particulier (même si je place le Freischütz très haut), ainsi que pour la musique britannique composée entre c.1850 et c.1950 : je me vois mal me passer de Schubert,
Brahms, Bruckner ou Vaughan Williams, tout comme j'adore, un peu plus au nord, Gade, Berwald, Grieg, Nielsen ou Sibelius.


Mais je m'éloigne du sujet qui est ce Triomphe de l'Amour qui m'a donné tant de plaisir et que je réécouterai avec bonheur lorsque, dans quelques semaines, je procèderai à ma sélection
des douze disques incontournables de l'année 2012. Je suis ravi qu'il vous ait plu également (on est toujours un peu inquiet de se tromper lorsqu'on recommande un disque) et j'espère que la
re(co)naissance de l'opéra français que nous appelons de nos vœux sera un jour une réalité.


Bel après-midi et bien cordialement.



Henri-Pierre 24/04/2012 18:09


Je dois avoir, qui traîne je ne sais où, un ouvrage de Georges Sauvé (mort il n'y a guère le crois) jamais lu, mais acquis au hasard de je ne sais plus quel libraire, passage Vivienne peut-être,
et intitulé (désolé si celà n'st pas tout à fait le titre exact "Antonio sacchini, un musicien de Marie-Antoinette". Du coup, je voudrais bien y remettre la main dessus.
 L'air de ce musicien que tu nous donnes à entendre est effectivement d'un bel éclat accompagnant le néo-clacissisme avec brio mais il était autrefois considéré comme un Gluck
tiède, du moins par mes profs de musique, ce pourquoi, d'ailleurs, je ne m'y intéressai guère. Il faut toujours se méfier des réputations...
Je ne ferai, évidemment aucune analyse musicale, tu aurais trop beau jeu de me renvoyer dans mes talanquères et je ne veux pas te donner ce plaisir là, je préfère en rester à celui que tu me
donnes à accompagner en illustrations et sons cette époque charnière où le rococo se dilue peu à peu dans un néo-clacissisme encore aimable (L'Empire n'est pas encore là, ouf !) De Saint-Aubin à
Vien où fleurirent et se démodèrent les François de Troy, Carle Van loo et autres Fragonards, obligeant la belle comtesse de Louveciennes (Luciennes disait-on, non ?) à revoir sa décoration.
Bravo pour cette inattendue allégorie de Saint-Aubin connu surtout pour ses illustrations de promenades parisiennes encombrées du panier alors à son apogée des années 1760. Il dessina aussi, tu
dois le savoir des dames habillées en Turques à la Liotard.
Quant à Vien, peintre de l'aube du règne d'une reine qui finirait si tragiquement, tu te doutes bien de l'affection que je nourris pour lui.
Comme tu as su bien capter, au delà d'une musique, l'âme d'une époque.

Jean-Christophe Pucek 24/04/2012 18:31



Je ne vais pas te mentir, mon ami, ce que je connais de Sacchini (prends le CD 15 du coffret 200 ans de musique à Versailles, tu y trouveras des extraits de son Œdipe à Colone)
me transporte à peu près autant que la peinture de Vien, ce qui n'est pas peu dire : ce sont tous deux des gens qui connaissent parfaitement leur métier et sont indispensables à connaître pour
prendre l'exacte mesure des périodes durant lesquelles ils ont œuvré, mais de là à ce qu'ils m'enthousiasment, il y a un pas que je ne franchirai pas. Je ne ferai pas de comparaison avec Gluck,
qui est un révolutionnaire de la musique comme put l'être Rameau, je serais plus tenté de rapprocher Sacchini de Grétry, dont il pourrait représenter le versant héroïque, avec ce que cette notion
comporte de grandeur mais aussi de sclérose.


Pour le reste, je ne redis pas ce que tu as écrit, je souligne juste que je n'ai guère de mérite à avoir traduit un peu de l'esprit d'une époque, puisque ce disque est tellement réussi que je
n'ai eu qu'à me laisser guider par le parcours qu'il me proposait.



Jacques 03/04/2012 09:54


Je voulais simplement dire, des commentaires trop rares y compris sur FB - pas seulement sur le site ; ces apostilles d'ailleurs d'une extrême importance (avisse à la populassion...) pour la vie
même d'un blog, comme tu me l'as toi même enseigné ? 


Je ne comprends pas ceci :

Jean-Christophe Pucek 03/04/2012 10:19



Il s'agit du chroniqueur qui s'est chargé du disque dans Diapason et lui a « généreusement » accordé un 4 tout en n'émettant de réserves que sur certaines duretés (?) de la prise de son,
cher Jacques. Je te laisse imaginer ma perplexité devant ce genre de papier, surtout quand le même mensuel louange en parallèle des réalisations autrement plus discutables.


Pour ce qui est de mes commentaires, je n'interviens que lorsque je pense avoir quelque chose de valable à dire et qui ouvre ou fait vivre un débat (voir ce que j'ai récemment écrit sur Théodore
Dubois, ce compositeur étant objet de mes attentions depuis une bonne année maintenant), mais je pense faire partie (du moins, le crois-je) de ceux qui suivent ton travail avec le plus de
constance et d'attention, à la notable exception de Twitter, où je refuse de mettre les pieds.


Enfin, je te connais maintenant assez pour savoir que si tu es foncièrement un enthousiaste - ce qui est tout à ton honneur - tu es aussi capable de cette salutaire distance qui te permet de
discriminer avec beaucoup de finesse ce qui est bon de ce qui l'est moins. C'est aussi pour cette raison que je m'intéresse à ce que tu écris, sois-en persuadé.


Des bises pour ta journée, mon ami.



Danièle 02/04/2012 22:05





Pour moi, les noms de V. Gens, S. Piau  et Ch. Rousset, évoquent immédiatement les Leçons de ténèbres de Couperin parce que c’est leur version qui m’a toujours le plus touchée.  Quel plaisir de retrouver la voix complètement épanouie de Sandrine Piau dans un répertoire aussi original qui lui permet de mêler avec virtuosité qualités
vocales, musicales et « théâtrales ».


Je savoure le « un enregistrement d’opéra, c’est aussi un orchestre » que vous appliquez aux chroniqueurs, Jean-Christophe, mais qui pourrait très bien aussi être appliqué à certains
chanteurs (heureusement de moins en moins nombreux) et au public qui ne va encore à l’opéra que pour l’air de … !


Il se trouve que je suis plongée en ce moment dans le « Faut-il jouer moins fort ? » de Gérald Moore, livre enfin réédité tout récemment, où le plus grand accompagnateur de son
temps nous livre, avec un humour pétillant et aiguisé, de succulentes anecdotes sur la non visibilité du pianiste à côté du « véritable artiste » qu’est le ténor à la mode ou la prima
donna !


Me voilà donc toute prête à saluer la cohésion et la complicité qui habitent ce « Triomphe de l’Amour ».


 

Jean-Christophe Pucek 03/04/2012 08:14



Je connais bien le disque de Ténèbres dont vous parlez, Danièle, car il m'a beaucoup accompagné avant que l'enregistrement des Demoiselles de Saint-Cyr (que vous pouvez découvrir, si vous le
souhaitez, dans cette chronique) ne vienne le détrôner, car si les solistes en sont moins prestigieuses, la ferveur qui y règne y est, à mon avis, supérieure.


Je tiens beaucoup à souligner, le rôle des orchestres, car il est souvent injustement passé sous silence dès qu'un ou des chanteurs occupent le devant de la scène - c'est sans doute un peu moins
vrai pour les mélodies, sans doute parce que le pianiste est plus visible que la « masse » plus indifférenciée d'un ensemble instrumental - alors que seul le fait que, sous la conduite du chef,
tous aillent dans le même sens est garant de la réussite d'un projet interprétatif. C'est le cas dans ce Triomphe de l'Amour où tout le monde se retrouve, à mon avis, sur un pied
d'égalité pour le plus grand bonheur de l'auditeur et le meilleur service d'un répertoire encore souvent trop négligé.


Je suis heureux que cette chronique ait retenu votre attention et vous souhaite bonne lecture des souvenirs de Gerald Moore, musicien et homme en tout point remarquable. Merci pour votre
commentaire et votre fidélité.



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