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27 mars 2014 4 27 /03 /mars /2014 07:37

Parmi les musiciens pour lesquels 2014 marque un anniversaire, on peut parier que l'on risque de parler assez peu, du moins en France, de Gottfried August Homilius, même s'il me semble que la belle émission de Marc Dumont, Horizons chimériques, diffusée quotidiennement sur France Musique entre 16h et 17h, lui fera un peu de place le 18 avril prochain. En Allemagne, les choses sont heureusement un peu différentes, en grande partie grâce à Carus-Verlag, un éditeur qui, depuis quelques années, a pris fait et cause pour ce compositeur dont il s'attache à faire connaître la musique, notamment au travers de publications discographiques régulières.

Mais qui est donc Gottfried August Homilius, exact contemporain de Carl Philipp Emanuel Bach qui ne lui survécut que trois ans ? Ce fils de pasteur, né à Rosenthal, en Saxe, le 2 février 1714, entra à l'école Sainte-Anne (Annenschule) de Dresde, dont son oncle était recteur, vers 1722, année de la mort de son père. Outre la musique, qu'il y étudia sous la férule de J.G. Stübner, organiste de l'église Sainte-Anne qu'il était déjà en mesure de remplacer à l'âge de 20 ans, il y reçut une formation académique suffisamment solide pour lui permettre, en 1735, de s'inscrire à la très renommée faculté de Leipzig pour y faire son droit. Vous avez, bien entendu, suivi ma pensée, et, en lisant « 1735, Leipzig », le premier nom qui vous est venu à l'esprit est celui de Johann Sebastian Bach. Effectivement, Homilius fut son élève, mais aussi celui de l'organiste de l'église Saint-Nicolas, Johann Schneider ; comme Telemann trente ans plus tôt, celui qui était arrivé étudiant en droit acheva, six ans plus tard, son cycle universitaire en musicien accompli. Ses premiers pas dans la carrière qu'il avait décidé d'embrasser furent difficiles, puisque sa candidature à la tribune de l'église Saint-Pierre de Bautzen, en 1741, se solda par un échec. L'année suivante lui fut plus favorable, puisque lui échut le poste d'organiste de la Frauenkirche de Dresde. Il se fixa alors définitivement sur les bords de l'Elbe, même s'il tenta de s'échapper à Zittau en 1753, et fut nommé, en 1755, Cantor de la Kreuzkirche, la plus importante église protestante de la ville, un emploi qu'il devait conserver jusqu'à sa mort, le 2 juin 1785, malgré les vicissitudes liées à la guerre de Sept Ans qui causèrent, en 1760, la destruction de la Kreuzkirche, obligeant au repli vers la Frauenkirche, et une attaque qui, en 1784, l'empêcha définitivement d'assurer sa tâche.

La production de Homilius est, fort logiquement compte tenu des fonctions qui furent les siennes, essentiellement constituée de musique sacrée – passions, cantates et motets – , la majorité de ces œuvres ayant été composée après sa nomination au poste de Kreuzcantor, son legs d'avant 1755 comportant surtout des pièces d'orgue. Il est l'auteur d'une soixantaine de motets, dont ce disque propose une sélection de quatorze, augmentée d'un très beau Magnificat, qui donne un excellent aperçu de la variété de son inspiration et de sa maîtrise des techniques d'écriture. Le jubilant Habe deine Lust an dem Herrn utilise ainsi, en un cantus firmus parfaitement distinguable, une mélodie de choral (« Du bist mein Vater, ich dein Kind ») qui lui apporte une dimension spirituelle supplémentaire, tandis qu'on trouve une aria intercalée, faisant office de commentaire moral, dans le motet funèbre Die richtig für sich gewandelt haben, et que Dennoch bleib ich stets an dir use de chromatismes qui rappellent que nous sommes à l'époque de l'Empfindsamkeit. Plus globalement, la recherche d'une certaine simplicité de la facture, de la clarté des textures, de la fluidité et du charme mélodiques regardent déjà assez nettement vers les canons de ce qui sera le style classique. Il est également tout à fait frappant de voir à quel point sa science des timbres et de la polyphonie permet à Homilius, en maints endroits, de suggérer des effets orchestraux, souvent extrêmement efficaces, avec le seul secours des voix. Toutes ces qualités sont parfaitement mises en valeur par l'ensemble sirventes Berlin dont le chef, Stefan Schuck, fait varier les effectifs en fonction des pièces avec beaucoup de pertinence et obtient de ses chanteurs des nuances, des dynamiques et des couleurs aussi convaincantes que séduisantes. Il me semble que cette équipe, bien que non spécialisée dans le domaine de la musique ancienne, a pleinement saisi les enjeux de la musique de Homilius qu'elle défend avec autant de ferveur que de finesse, en donnant aux textes la densité et la saveur qu'ils réclament et en rendant justice à l'invention souvent subtile du compositeur. Bien en place malgré quelques légères et ponctuelles inégalités des sopranos, la prestation chorale se révèle globalement de très bon niveau et son caractère lumineux et souple donne envie de revenir vers ces œuvres qui réussissent la prouesse de chercher sans cesse à atteindre un équilibre serein sans jamais négliger d'être sensibles.

Voici donc un bien beau disque pour faire connaissance avec l'univers de Homilius qui complète parfaitement la première anthologie de motets dirigée par Frieder Bernius parue chez le même éditeur en 2004. Si vous avez, comme moi, des affinités avec ce répertoire, je vous recommande de ne pas le manquer.

 

Gottfried August Homilius Habe dein Lust Motets Sirventes BGottfried August Homilius (1714-1785), Habe deine Lust an dem Herrn, motets et Magnificat

 

sirventes Berlin
Stefan Schuck, direction

 

1 CD [durée totale : 54'06"] Carus 83.266. Ce disque peut être acheté en suivant ce lien.

 

Extraits proposés :

 

1. Habe dein Lust an dem Herrn HoWV V.42

 

2. Dennoch bleib ich stets an dir HoWV V.6

 

 

Je remercie sincèrement Roland Koch d'avoir attiré mon attention sur ce disque.

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Published by Jean-Christophe Pucek - dans Instantanés
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commentaires

Chantal 29/03/2014 08:06


De bon matin, Merci Passée.

Jean-Christophe Pucek 29/03/2014 08:36



Un petit viatique pour un heureux samedi, j'espère, Chantal. Je vous le souhaite et vous remrcie pour votre passage ici.



Cristophe 27/03/2014 23:40

Je remercie sincèrement Jean-Christophe Pucek d'avoir attiré mon attention sur ce disque.

Jean-Christophe Pucek 28/03/2014 07:48



Et moi, je vous remercie tout aussi sincèrement de vous être arrêté sur cette chronique, Cristophe.


Belle journée !



cyrille 27/03/2014 11:26


Promeneur peu familier de ces sentiers de musique sacrée, je reconnais toutefois volontiers m'être plaisamment laissé aller à emprunter celui - jubilatoire en effet - Habe deine Lust an dem
Herrn.


Si la curiosité m'a fait bifurquer ensuite vers le second que tu proposes ici Dennoch bleib ich stets an dir, la sensation sonore aura été pour moi moins marquante. Question de
sensibilité propre à chacun, évidemment.


Il n'en résulte pas moins qu'une découverte est toujours enrichissante...


Nota : un avis qui n'engage que moi, bien sûr. La vidéo aurait gagné en intérêt par une traduction sous-titrée. Dommage.


Des bises et belle journée à toi, J.-Ch

Jean-Christophe Pucek 28/03/2014 07:59



Nous avons tous des genres auxquels nous sommes, pour mille raisons, plus ou moins sensibles, ami Cyrille, et je t'avoue que je me sens comme un poisson dans l'eau dans l'univers de la musique
sacrée que je fréquente souvent.


Habe deine Lust an dem Herrn est sans doute la pièce la plus immédiatement séduisante de ce programme et ce n'est certainement pas un hasard si c'est elle qui ouvre le disque. J'aime
beaucoup, pour ma part, Dennoch bleib ich stets an dir, aux émotions plus complexes et dont les frottements harmoniques me renvoient à l'univers du madrigal auquel je suis, comme tu le
sais, extrêmement sensible.


Je suis d'accord avec toi sur le fait que la vidéo aurait gagné a être sous-titrée, mais je pense que la maison de disques ne se fait guère d'illusions sur l'exportabilité de ce répertoire...


Je te remercie pour ton commentaire et t'envoie des bises pour ta journée.



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