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6 juillet 2014 7 06 /07 /juillet /2014 08:47
Juillet 2014

Même si je ne la goûte guère, la période estivale constitue toujours un moment intéressant dans l'activité d'un blog, dans la mesure où le ralentissement de l'activité qu'elle induit, tant du point de vue des lecteurs que des éditeurs, permet de faire le point et d'esquisser de nouvelles voies.

 

Outre un temps de pause qui m'a permis de me consacrer à certains projets, dont l'écriture des notes d'accompagnement d'un disque à paraître à l'automne, vous qui suivez l'actualité de Passée des arts aurez peut-être noté l'apparition de deux nouvelles rubriques. La première, Traverses, me permettra de rendre ponctuellement compte de réalisations s'inscrivant hors du répertoire « classique », musiques qui m'accompagnent de façon continue, antérieurement même à ce dernier ; si j'ai dû essuyer quelques manifestations de mécontentement face à cette initiative, les encouragements parfois les plus inattendus reçus en parallèle m'ont conforté dans ma décision de leur accorder une place ici. J'ai, depuis, noté ce passage dans un ouvrage consacré à Ralph Vaughan Williams que je suis en train d'étudier : « Palmer [réalisateur d'un documentaire sur le compositeur] interviewa également le musicien pop Neil Tennant [un des deux membres des Pet Shop Boys] qui rappela que l'impact de Vaughan Williams s'est toujours fait sentir hors du domaine de la musique classique. Frank Sinatra, par exemple, qui connaissait bien ce sujet, révérait Vaughan Williams et Job en particulier, et des musiciens aussi différents que Genesis, Wayne Shorter et, plus récemment, PJ Harvey, ont tous reconnu son influence. » (Alain Frogley et Aidan J. Thomson éd., The Cambridge Companion to Vaughan Williams, pp. 2-3). Éloquent, n'est-ce pas ?

Son titre d'Anglicismes dit déjà tout de la seconde rubrique qui sera justement consacrée à la musique composée outre-Manche entre le dernier quart du XIXe siècle et la fin des années 1950, généralement si mal connue et si peu défendue en France, alors qu'elle regorge de merveilles qui ne se résument pas à la production de Britten. Le peu d'écho recueilli par le tout récent billet consacré à Frank Bridge montre bien la difficulté de la tâche, mais il me semble que le jeu en vaut la chandelle. Ceci signifie-t-il qu'il y aura moins de baroque dans les mois à venir ? Nécessairement, oui, mais, entre nous, ça ne me pose guère de problèmes. N'allez néanmoins pas imaginer que je vais tourner le dos au répertoire qui me nourrit depuis plus de vingt-cinq ans, même si je ne peux cependant vous cacher un certain désabusement face à ce qui s'y passe aujourd'hui, ces pelletées de récitals inutiles, ces programmes qui semblent se copier mutuellement, ce goût de la recherche qui apparaît de plus en plus fréquemment aux abonnés absents. La pierre n'est pas à jeter uniquement aux musiciens, bien obligés de s'adapter aux lois du marché pour survivre, mais aussi à un public souvent paresseux pour qui le confort des habitudes et le souhait d'en avoir pour son argent sont hélas devenus des bannières. Il y a maintenant plus de quinze ans, Jean-Paul Combet lançait Alpha avec deux programmes inédits et audacieux consacrés à Castaldi et à Belli ; il y a fort à craindre qu'aujourd'hui, une telle aventure ne serait plus possible.

 

L'été qui commence marque également ma séparation d'avec France Musique, que je n'écoutais déjà plus qu'épisodiquement, mais dont les nouvelles orientations ont achevé de me convaincre que je n'y trouvais plus mon compte. Entendons-nous bien, je ne suis pas en train d'écrire que ce que fera la nouvelle équipe mise en place par Mathieu Gallet et Marie-Pierre de Surville sera obligatoirement détestable ; je dis juste que je ne supporterai pas deux heures quotidiennes de Frédéric Lodéon, musicien de talent mais dont les sarcasmes envers ces baroqueux qui ne savent pas jouer résonnent encore à mes oreilles, que je ne me reconnais ni dans les « Ciao bye bye » de tel animateur, par ailleurs prodigue en « génial » et en « sublime », qui sonnent aussi jeune à mes yeux qu'un quinqua bedonnant boudiné dans un baggy, ni dans les gloussements satisfaits de telle autre qui, chargée des disques, a quand même un peu de mal à concevoir qu'il existe de la musique intéressante avant, mettons, 1700, et que tout ne se résume pas au piano – la Renaissance ? le Moyen Âge ? Mais voyons, on va traiter ça en trente secondes, c'est tout ce que ça mérite –, pas plus que dans ce petit salon méridien où l'on se congratule et s'égratigne aussi un peu – taquin, va ! – entre gens de la même et forcément meilleure société. Horizons chimériques, la seule émission à laquelle je demeurais fidèle parce qu'elle me semblait avoir trouvé, malgré une durée trop contrainte, un bon équilibre entre approche informée et plaisir d'écoute, disparaît, et ce que je sais de la façon dont on l'a signifié à son producteur, Marc Dumont, qui avait eu la gentillesse de m'accorder un entretien ici-même et s'est vu congédié comme un laquais, ne fait que conforter le mauvais pressentiment que j'avais eu lorsque France Musique, en inaugurant son nouveau site Internet, avait supprimé la possibilité, pour les auditeurs, de poster des commentaires durant les émissions. Je demeure, pour ma part, persuadé qu'on ne construit rien de durable sur un fonds de mépris et les procédés de cette station envers ceux qui l'écoutent et ceux qui la font me semblent par trop relever de cette attitude. Bon vent, donc, à elle ; pour ma part, je reste sur le quai et je n'ai pas sorti mon mouchoir.

Pour finir, il faut que vous sachiez que les mois à venir seront sans doute un peu compliqués pour le blog, dans la mesure où l'on m'a fait comprendre, à demi-mots, qu'il n'était pas prioritaire pour ce qui regarde un certain nombre d'envois de presse. Je comprends bien que certains attachés de presse préfèrent des papiers bâclés mais qui paraissent vite à un quelconque travail de fond – on en voit même, sur les réseaux sociaux, donner du chroniqueur à des salonnards dont l'action se limite à publier des liens sans effectuer le moindre travail critique –, mais je ne peux ni ne veux travailler ainsi. Il me semble même que parler du disque classique en le sortant de la frénésie de la nouveauté est plutôt lui rendre service. Sauf imprévu, ma situation matérielle étant loin de me permettre des achats inconsidérés, je serai donc conduit à sélectionner de façon encore plus drastique ce que je vous proposerai. Mais l'aventure continue, pour vous et pour une certaine idée de la culture, qui me semble aujourd'hui de plus en plus fragilisée, quelquefois même par ceux qui, croyant la défendre, se trompent de cible en s'attaquant à de petites structures – je pense à l'action des intermittents lors du festival de Maguelone, typique de cette ignorance qui est toujours le terreau du pire – qui n'ont pas les capacités qu'ont les plus importantes pour survivre.

 

Je vous souhaite, à toutes et à tous, un très bel été.

 

Accompagnement musical :

 

1. Joy Division, Heart and soul (1980)
(Paroles : Ian Curtis, Musique : Ian Curtis, Peter Hook, Bernard Sumner, Stephen Morris)

 

Joy Division CloserCloser. 1 CD Factory FACD 25. Ce disque peut être acheté en suivant ce lien.

 

2. Ralph Vaughan Williams (1872-1958), The Wasps, Aristophanic Suite (1909) :
[V] Ballet and final tableau 

 

London Philharmonic Orchestra
Sir Adrian Boult, direction

 

Ralph Vaughan Williams Orchestral works Sir Adrian BoultComplete symphonies & orchestral works. 1 coffret de 8 CD EMI 5 73924 2, indisponible sous cette forme.

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Published by Jean-Christophe Pucek - dans Entre nous
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commentaires

Le Père Pinard 09/07/2014 08:56


Loin des vieux livres de grammaire,
Écoutez comment un beau soir,
Ma mère m'enseigna les mystères
Du verbe être et du verbe avoir.

...Parmi mes meilleurs auxiliaires,
Il est deux verbes originaux.
Avoir et Être étaient deux frères
Que j'ai connus dès le berceau.

Bien qu'opposés de caractère,
On pouvait les croire jumeaux,
Tant leur histoire est singulière.
Mais ces deux frères étaient rivaux.

Ce qu'Avoir aurait voulu être
Être voulait toujours l'avoir.
À ne vouloir ni dieu ni maître,
Le verbe Être s'est fait avoir.

Son frère Avoir était en banque
Et faisait un grand numéro,
Alors qu'Être, toujours en manque
Souffrait beaucoup dans son ego.

Pendant qu'Être apprenait à lire
Et faisait ses humanités,
De son côté sans rien lui dire
Avoir apprenait à compter.

Et il amassait des fortunes
En avoirs, en liquidités,
Pendant qu'Être, un peu dans la lune
S'était laissé déposséder.

Avoir était ostentatoire
Lorsqu'il se montrait généreux,
Être en revanche, et c'est notoire,
Est bien souvent présomptueux.

Avoir voyage en classe Affaires.
Il met tous ses titres à l'abri.
Alors qu'Être est plus débonnaire,
Il ne gardera rien pour lui.

Sa richesse est tout intérieure,
Ce sont les choses de l'esprit.
Le verbe Être est tout en pudeur
Et sa noblesse est à ce prix.

Un jour à force de chimères
Pour parvenir à un accord,
Entre verbes ça peut se faire,
Ils conjuguèrent leurs efforts.

Et pour ne pas perdre la face
Au milieu des mots rassemblés,
Ils se sont répartis les tâches
Pour enfin se réconcilier.

Le verbe Avoir a besoin d'Être
Parce qu'être, c'est exister.
Le verbe Être a besoin d'avoirs
Pour enrichir ses bons côtés.

Et de palabres interminables
En arguties alambiquées,
Nos deux frères inséparables
Ont pu être et avoir été.

Extrait du disque "Sans attendre"
© Yves Duteil

Lire de toute urgence : Petite Poucette par Michel Serres de l'Académie Française.

Jean-Christophe Pucek 10/07/2014 19:47



Merci, Le Père Pinard, pour ce contrepoint inattendu et délicieux.



Marie 07/07/2014 08:41


Soigneur ou soignant ? Mon premier étrille et bouchonne, mon second pique en rappel ... L'été sera, de tout temps et de mémoire d'homme, on en verra la fin. Un grand merci pour les longs
extraits, Hervé me plaît beaucoup

Jean-Christophe Pucek 10/07/2014 19:46



De la caresse au soufflet, le chemin est parfois court, hélas, bien chère Marie, mais tu peux compter sur moi pour ne dispenser les seconds qu'à bon escient. Tu as vu que Ralph était encore à
l'honneur aujourd'hui, mais tu le savais déjà 



Catherine D 06/07/2014 15:15


Coucou..........
Ohlala, je reviens de loin et je te trouve bien morose ! ajoute à la pluie, aux news, je vais repartir au soleil écouter........les cigales !!!


Hector et moi on te fait la bse , smile !

Jean-Christophe Pucek 06/07/2014 16:53



Bonjour Catherine,


Morose ou simplement réaliste ? Le fait que tu emploies le premier adjectif me semble presque étrange parce que je passe justement, depuis quelques semaines, par une phase de totale sérénité.
Quant aux cigales, je te laisse bien volontiers ma part, comme d'ailleurs de la chaleur qui va avec 


Bises à toi et caresses à Hector.



cyrille 06/07/2014 11:49


Je viens de lire ton billet, ami J.-Ch. Comme je m'y attendais sur un tel sujet, un billet dense, mûrement réfléchi et qui donne à réfléchir...


A espérer aussi. S'il pleut aujourd'hui, il fera beau demain ! ou après demain...


Quant aux choix musicaux qui accompagnent cette rubrique Entre nous, ils soulignent à merveille le texte.


Je t'embrasse.

Jean-Christophe Pucek 06/07/2014 17:09



J'espère effectivement qu'il donne à réfléchir, ami Cyrille, c'est bien le moins que l'on puisse souhaiter puisque nous n'avons aucun poids sur les décisions prises et pas même de voix au
chapitre. Pour ma part, décision est prise au moins sur mon positionnement par rapport à France Musique et à la ligne éditoriale de ce blog, ce n'est déjà pas si mal.


Merci pour ton mot, je t'embrasse.



Nicole Pistono 06/07/2014 10:33


Cher Jean-Christophe,


Une fois de plus, je suis frappée par la cohérence de tes choix et l'exigence de ta démarche.


Je n'écoute plus France Musique depuis longtemps, ni aucune autre radio d'ailleurs, mais ce que tu en dis me fait craindre le pire, on sent la course à l'audimat. Cela se révèlera probablement
contre-productif, mais en attendant... La tyrannie des "financiers" qui pourrit notre monde est également derrière le fait que les services de presse ne te considèrent pas comme "intéressant",
car tout ce qui ne va pas vite et ne semble pas rapporter immédiatement, on le supprime. Quant au problème des intermittents, lorsque les grosses structures comme les chaînes TV (par exemple)
arrêteront de payer même leurs techniciens, qui en réalité travaillent à l'année, comme intermittents, le système ne grèvera peut-être plus autant le budjet des Assedic... Il y a un réel
problème, c'est sûr, mais il faudrait pouvoir faire un statut favorable aux "petits" que les "gros" ne pourraient pas détourner. Vaste programme!


Je partage totalement ton point de vue au sujet de ceux qui se trompent de cible, j'emploierais pour ma part l'expression "scier les barreaux de la chaise sur laquelle on est assis" et tu as bien
raison de stigmatiser "l'ignorance" source de bien d'autres maux dans notre société, hélas!


Passons au positif : je suis ravie par tes deux nouvelles rubriques qui me promettent bien des découvertes. En fait, ayant besoin de silence pour travailler, j'écoute peu de musique et grâce à
ton blog, j'ai le sentiment d'être conseillée par un ami qui fait le tri pour moi, et de pouvoir acheter à coup sûr. Voilà bien un des gros avantages d'Internet, la modernité n'a pas que des
défauts.


J'écris ce commentaire en écoutant le Carl Philipp Emanuel Bach d'Ophélie Gaillard et du Pulcinella Orchestra, une de ces belles surprises que je te dois. Merci de nous faire partager tes coups
de coeur mais aussi tes coups de gueule et bon été à toi aussi.


Nicole Pistono


 

Jean-Christophe Pucek 06/07/2014 17:57



Chère Nicole,


Tu as tout à fait bien compris et nous sommes à un moment où deux logiques dictent leur loi : logique comptable d'un côté et rajeunissement de l'autre, les deux ayant été invoquées pour justifier
les bouleversements de la grille de France Musique — on rajeunit donc à grands coups de statuts facebook sans intérêt et en supprimant tout ce qui pourrait avoir l'apparence d'une velléité
musicologique. Il faut surtout ne pas donner l'impression que l'on pourrait être prise de tête, comme si être informatif était forcément être pesant. Nous pourrons donc être légitimement fiers
d'avoir bientôt deux robinets à sons pour radios « spécialisées » en France : un public, l'autre privé. On jugera aux résultats dans quelques années.


Pour ce qui est des intermittents, une mise à plat totale aurait été nécessaire pour éliminer les abus que tu signales à juste titre mais, là aussi, on a préféré faire de la cosmétique, avec les
résultats que l'on voit aujourd'hui. Il est certain qu'il est toujours plus facile d'empêcher Micrologus de chanter, comme ce fut le cas au festival de Maguelone, qu'aller mettre le bazar à TF1.


Je te remercie, en tout cas, pour tes encouragements et j'espère que tu vas passer un bel été en liberté et en musiques.


Amitiés.


Jean-Christophe



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