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1 avril 2010 4 01 /04 /avril /2010 15:44

 

jan vermeulen livres et instruments de musique

Jan VERMEULEN (actif à Haarlem, 1638-1674),

Livres et instruments de musique, sans date.

Huile sur bois, 79 x 69 cm, Nantes, Musée des Beaux-Arts.

 

Le début de ce printemps 2010 ne bruit pas que de la brise dans la ramure des arbres. C’est un tout autre vent qui souffle et chahute les feuilles, de papier celles-ci, alors que vient de s’achever à Paris la trentième édition du Salon du Livre, marquée par une réduction de la voilure des grands éditeurs et une fréquentation en baisse de 7% par rapport à celle de 2009, cru, il est vrai, exceptionnel. Le livre numérique, nouvel avatar d’une société engoncée dans un matérialisme galopant qui semble vouloir produire ses efforts les plus acharnés afin d’accélérer la dématérialisation des supports de cette vieille lune qu’on nomme culture, frappe maintenant à la porte de nos salons.

 

Une récente enquête, publiée dans le Figaro (suivez ce lien), montre que 22% des 1008 personnes interrogées (représentatives de la population française et âgées de plus de 18 ans) envisagent, dans l’avenir, de lire sur un support numérique. Ce chiffre, même s’il gagnerait à être affiné en considérant l’avis des 12-18 ans, ne semble donc pas remettre en cause, a priori, la suprématie de l’objet livre, du moins en France. On assiste cependant, depuis quelques semaines, à une mobilisation grandissante de ceux qui vivent de l’imprimé, qu’ils soient éditeurs ou libraires, afin de le défendre bec et ongles face à cette menace encore virtuelle. Et ils ont bien raison d’être inquiets, surtout s’ils observent ce qui est advenu, depuis quelques années, d’un autre support, dont le destin n’a jamais semblé aussi parent de celui du livre, le disque. Pour peu, en effet, qu’à l’instar de ce qui s’est produit pour ce dernier, la façon de consommer la littérature fasse une place de plus en plus large à un picorage soutenu par ce snobisme technologique qui se rengorge de stocker, aujourd’hui sa discothèque, demain sa bibliothèque, sur un processeur, on peut gager que les soubresauts qui agitent l’industrie discographique, il est vrai considérablement attisés, du moins dans le domaine du disque classique, par ceux dont la concupiscence s’oppose à toute vision ne serait-ce qu’à moyen terme (d’où la profusion des rééditions, compilations, récitals et autres ragoûts cross-over douteux), finissent par atteindre également celle de l’édition.

Pourtant, nous assure-t-on, le livre semble avoir mieux résisté à la crise que les autres supports culturels. Ce n’est, en fait, qu’une demi-vérité, car si les ouvrages pratiques et une poignée de best-sellers promus à grand renfort de publicité tirent leur épingle du jeu, les secteurs du roman plus « traditionnel » et de l’essai sont, eux, à la peine (voyez les chiffres les plus récents publiés par le CNL ici). Il ne s’agit pas, bien entendu, de porter des jugements de valeur sur ce qui se lit, mais simplement de constater que ce bastion de la culture que constitue encore la littérature est, à son tour, menacé par des habitudes de consommation de plus en plus marquées par le sceau de la fragmentation et de l’instantanéité, les mêmes que celles qui, si les choses continuent à aller leur train, finiront par avoir la peau du disque et contraindront ceux qui ne le souhaitent pas à se plier au téléchargement, ce modèle qui peut sans doute être pertinent pour les chansons, mais ne convient pas à la musique dite « classique ». J’aurais, sur ce point, souhaité que ceux qui aujourd’hui, ministre de la Culture en tête, cherchent à promouvoir l’accès au livre, s’érigeassent aussi, lorsqu’il était temps de le faire, en défenseurs du disque, plutôt qu’en complices de la curée. Mais il est vrai que nous sommes en France, pays où la musique reste et demeurera sans doute toujours le parent pauvre de la connaissance.


Nul doute que les partisans du livre électronique taxeront ces quelques constats de ratiocinations vieillottes et pessimistes, en m’objectant qu’il représente un fabuleux progrès en matière de diffusion, d’un impact peut-être similaire à celui de l’invention de l’imprimerie. Je n’en disconviens pas, ayant moi-même bénéficié de la mise à disposition d’ouvrages rares numérisés dans le cadre de mes recherches. Je souhaite néanmoins souligner qu’on ne pourra parler de véritable avancée que si le nouveau support n’implique pas l’élimination de l’ancien, dont la longévité est, suprême ironie, bien souvent supérieure à celle de son jeune concurrent. J’espère que les décideurs qui, aujourd’hui, s’emploient à nous priver de l’objet de plaisir et de connaissance qu’est le disque en tentant de nous faire croire que la froideur d’un fichier numérique pourra le remplacer, ne parviendront pas à nous voler également ces bonheurs simples qui consistent à toucher un livre, à en tourner les pages, et à prendre tout le temps qu’il faut pour le déguster.

 

Accompagnement musical :


Jean-Philippe RAMEAU (1683-1764), Pièces de clavecin, 1724 : L’Entretien des Muses.


Christophe Rousset, clavecin Henri Hemsch, 1751.


rameau pieces de clavecin christophe roussetPièces de clavecin (intégrale). 2 CD L’Oiseau-Lyre 425 886-2. Indisponible.

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Published by Jean-Christophe Pucek - dans Entre nous
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commentaires

Hacène 14/04/2010 21:12



Voilà qui me ravit. Je ne pense pas avoir eu l'idée de te la montrer par hasard.


Ses ouvrages sont magnifiques enluminés sont magnifiques. Il a aussi écrit un témoignage biographique sur son cheminement, son maître... Le voici, en poche  (on me l'a offert récemment ; dès que j'ai un moment de qualité à lui consacrer, je rentre dedans...).


 





 


Bonne soirée.



Jean-Christophe Pucek 15/04/2010 19:20



Merci pour les références, Hacène. Tu peux être certain que l'ouvrage rejoindra très vite ma bibliothèque



Hacène 14/04/2010 20:01



Bien sûr que tes réponses me satisfont.  


Je pense que tu connais l'homme, peut-être la vidéo. Quoi qu'il en soit, un beau moment, bien sûr en rapport avec les livres, qui ne sont pas toujours que des caractères typographiques :
ICI.



Jean-Christophe Pucek 14/04/2010 20:34



Je ne connaissais pas cette vidéo, ni l'histoire de cet homme, Hacène, mais je suis, pour bien des raisons qu'il serait trop long d'exposer ici, bouleversé par son témoignage, si proche de ce que
je crois. Alors, un seul mot pour toi : merci.



L'estro armonico 12/04/2010 21:28



C'est un vaste débat que celui que tu décides d'ouvrir dans ces pages, cher Jean-Christophe.
Pour ne rien te cacher, j'étais ouvertement hostile au livre numérique jusqu'il y a peu où j'ai réalisé le potentiel du numérique. Pour faire simple dans ce vaste débat que j'avais failli ouvrir
dans mes pages, le support numérique n'a d'utilité que pour une information synthétique - informative et non romanesque, celle qui se lit et se consomme (désolé d'user de ce terme pour de la
lecture) rapidement, comme les journaux, les articles scientifiques ou les encyclopédies. Face à cela, les tablettes de lecture ne savent pas pour le moment rivaliser avec les livres, pour des
raisons d'autonomie de batteries et techniques diverses, pour des raisons culturelles (lire un livre est ancré dans notre culture européenne contrairement à l'Inde par exemple ou la Chine où le
support demeure peu répandu) et pour des raisons de coût, tout simplement. N'est-il pas plus plaisant de plier les pages (sacrilège à mes yeux) et de jeter son livre par terre que d'avoir un
bijou technologique entre les mains ? Cette sacralisation du livre ne serait-il pas en définitive liée à notre tradition judéo-chrétienne et son rapport l'écrit que les flux d'informations venant
de l'écran mettent à mal ?

Evolution obligée ou nécessaire, d'un support à l'autre ? A une époque où les revues scientifiques pullulent en raison de la facilité de réalisation et de coûts rapidement amortis, la tablette
n'a, à mon sens, qu'un intérêt limité, placé dans le prolongement de l'écran d'ordinateur. Bien évidemment, des « auteurs » (je pèse mes guillemets) à succès pourront se permettre de surfer sur
cette révolution, même pour les romans qu’ils écrivent. Leurs travaux continueront à se vendre car ce sont davantage des objets de consommation que des œuvres littéraires.

[Petit aparté : les éditeurs français doivent s’unir et non se diviser comme ils le font aujourd’hui sur le sujet, pour innover efficacement et poursuivre le travail de qualité qu’ils ont
toujours menés avec plus où moins de dextérité ; second aparté : la disparition progressive du disque a l’utile intérêt de redistribuer les cartes entre auteurs, producteur et diffuseurs ; les
artistes, au-delà de la crise économique, font plus recette qu’auparavant lors des concerts. Cause ? Accessibilité plus aisée à la diversité culturelle. Delà, un autre débat dans lequel je
n’oserai entrer qui est celui de la qualité. Il faut être courageux d’oser l’aborder à l’époque du relativisme quasi-total].

Mais « lire » est une pratique qui évolue. Une étude l'a brillamment démontré récemment : croire que les jeunes ne lisent plus est une monumentale erreur. Ils lisent,
mais différemment (mais qu'est-ce que lire au fond ?). Les hommes, de n'importe quel milieu social, tendent à ne plus "lire" contrairement aux femmes qui ont bénéficié de la démocratisation
scolaire mais qui doivent encore malheureusement légitimer leur place dans la société masculine. Les babyboomers déclarent également lire davantage que les jeunes... les jeunes sont plus francs
dans leurs déclarations que les premiers pour lesquels lire un livre est encore un signe de distinction sociale.

Lors d'une autre étude, il y a dix ans en France, auprès de lecteurs réguliers de bibliothèques auxquels on avait prêté une tablette avec des livres numériques, ces lecteurs déploraient surtout
la faible autonomie de la batterie et le manque de choix de lectures... ces lecteurs pourtant assidus n'ont pas signalé les désagréments par le changement de support… rien que des aspects
bénéfiques.

Voilà quelques remarques un peu éparses, excuse m'en. Je pense qu'il faut recentrer le problème. Nous sommes dans une société de l'hyper-diffusion d'informations (que les historiens se
reconvertissent seulement dans le classement ce celles-ci ! ils auront bientôt énormément de travail dans le domaine !). Le format du livre, ce n'est pas un scoop, a profondément marqué la pensée
occidentale, en structurant l'esprit et synthétisant le propos en raison du support. On l'observe chez les jeunes, cet esprit commence à changer : difficulté à synthétiser, articuler le propos et
surtout ils acquièrent un savoir encyclopédique et horizontal... à l'image de la société en fait : pullulement d'informations mais très peu de spécialisation en dehors de milieu scientifique et
universitaire. N'est-ce pas un retour de manivelle de l'hyper-spécialisation et de l'explosion des savoirs ? Appauvrissement de la pensée ou évolution ? Difficile à estimer à l'heure actuelle.
Une chose est certaine, il va falloir attendre avant de pouvoir estimer cette (r)évolution culturelle.


Le débat est, je trouve passionnant !


 


Amitiés à toi,


 


Mr de L'estro



Jean-Christophe Pucek 16/04/2010 16:48



Cher Mr de L'Estro,


Ton commentaire constitue, à lui seul, un billet dans le billet, et je te remercie infiniment d'avoir pris autant de ton temps pour poster ici.


Je partage assez largement ce que tu dis aussi, pour ne pas me contenter de te paraphraser sans rien apporter de nouveau au débat, je reviens sur un point que tu as soulevé en aparté et qui me
semblerait pourtant mériter de plus larges développements, en lui-même et pour ce qu'il peut annoncer. Tu parlais de la redistribution des cartes engendrée par la disparition progressive du
disque, un point sur lequel je ne suis pas complètement d'accord avec toi. En effet, si tu regardes d'un peu près ce qui se passe, tu verras que cette disparition a créé une scission très nette
et, à mon sens, particulièrement dommageable, dans l'offre proposée au consommateur : d'un côté des "petits" labels qui font un travail remarquable mais peinent, faute de fonds à consacrer à la
promotion de leurs productions, à toucher un large public et à survivre, de l'autre, des grosses machines (les "majors") qui, à quelques exceptions près, font faire à peu près n'importe
quoi aux artistes qu'ils enregistrent en les réduisant, pour forcer le trait, à des paquets de lessive à la composition incertaine mais munis de jolis emballages pour séduire le chaland (j'aurais
cent exemples à citer mais, par respect pour lesdits artistes, je ne veux nommer personne). Il y a encore vingt ans, même s'il existait des produits médiocres, on pouvait espérer faire connaître
au grand public de vrais projets musicaux (songe à l'engouement autour de Marin Marais après le film Tous les matins du monde); je ne suis pas certain que ce serait encore possible
aujourd'hui. Je ne suis, en outre, pas persuadé que les concerts parviennent à pallier efficacement le trou provoqué par la disparition du disque, si elle survient, car, qu'on le veuille ou non,
les concerts restent, sauf exceptions, un plaisir cher (une place de concert coûte généralement plus cher qu'un disque, du moins en France) et qui n'est souvent accessible qu'aux urbains. Le
disque, lui, pouvait se diffuser partout. Pour résumer, je suis persuadé, du moins à l'heure où je te parle, que ce qui arrive au disque se soldera, à terme, par une vraie paupérisation de
l'offre culturelle, avec une exploration bien moindre de répertoires peu ou pas connus au profit des compositeurs immédiatement rentables. Si je ne me suis pas trompé dans le parallèle que
j'établis entre le disque et le livre, avoue qu'il y a de quoi être un peu inquiet, et je suis loin d'être certain que l'on ne retrouverait pas la même fracture quant à l'offre proposée (d'un
côté des productions courageuses et confidentielles, de l'autre des blockbusters médiocres) si le livre numérique venait à s'imposer. Comme tu le dis, laissons du temps au temps, mais,
suis-je tenté d'ajouter, demeurons plus que jamais vigilants.


Un mot rapide, pour conclure, du moins pour aujourd'hui, sur la lecture des jeunes. Il faudrait savoir de quels jeunes on parle, car ceux que je côtoie (et qui n'ont pas, comme toi et moi, usé
leurs fonds de culotte sur les bancs de l'université) ne sont pas précisément des dévoreurs de bouquins, et je te parle là d'un pannel assez large, issu de couches que l'on pourait nommer
populaires. Je pense que, sur ce point-ci également, même si les classes les plus "favorisées" (classe moyenne supérieure et au-delà), il convient de ne faire qu'une confiance mesurée à des
chiffres qui gagneraient à être précisés au travers d'une étude plus représentative.


Tu as raison, en tout cas, ce débat est absolument passionnant et il faudra, lorsque le temps aura un peu passé, y revenir à la lumière des faits qui se seront alors dégagés.


Avec toute mon amitié, et, une fois encore, mes remerciements pour ta remarquable intervention.



Hacène 08/04/2010 13:20



Cher Jean-Christophe,


Je partage entièrement ton sentiment. Je me permets toutefois quelques remarques et questions.


- Sans véritablement d'informations à citer sur le sujet, je pense que ceux qui se ruent sans barguigner sur ces nouveautés numériques ne sont pas ceux qui lisent le plus. Que leur vendra-t-on
comme livres numériques (à part Twilight et les mangas) ?


- Ceux qui aiment la lecture et qui sont bien souvent aussi des amoureux des livres, ne lâcheront pas ceux-ci très facilement. Et tant qu'il y aura des lecteurs, il y aura de l'offre.


- Évidemment, je crois comme tous ceux qui se sont exprimés déjà, que la cohabitation raisonnée est souhaitable. Pour les romans, récits, essais, papier évidemment. Pour les livres auxquels on
tient moins en général, comme les manuels de fac et livres de référence, papier aussi pour ce qui me concerne (encore qu'une version numérique associée serait souhaitable). Par contre,
l'Universalis dans mon ordinateurs me semble plus à sa place qu'en étalant ses dizaines de kilos à bas des étagères du bureau... Nous sommes d'accord sans guère de suspens, je suppose.


- Comment un lecteur tel que toi, qui aime le contact avec les livres et redoute le numérique, appréhende-t-il le livre de poche, que personnellement je fuis. Trop petit format, papier médiocre,
reliure à ch..., ... Seul le prix est un plus, et encore, ce n'est plus si vrai ! Même dans les bonnes librairies, on ne trouve bien souvent que ce format, pour peu que l'ouvrage soit sorti
depuis quelques mois. D'ailleurs, à propos de libraire, je crois que ma compagne pourrait dire qu'en trouver un bon est aussi difficile que pour un coiffeur pas trop maladroit. Suis un peu isolé
à la campagne et ne culpabilise pas de faire appel à des vendeurs de livres en ligne. Par principe je continue à aller dans les librairies, pour les sorties récentes. Sinon...


- Une question technique, concernant le disque et le téléchargement. Pour ma part, j'ai une très mauvaise oreille et de plus n'écoute pas de musique téléchargée. Mais toi, qui est un mélomane,
fais-tu la différence aisément entre les fichiers téléchargés (une chanson fait moins de 10 Mo) et CD (environ 50 Mo pour le même morceau) ? Vraie question.


 


Belle journée



Jean-Christophe Pucek 08/04/2010 20:46



Cher Hacène,


Merci pour ton commentaire et pour tes questions, très pertinentes, je trouve, et auxquelles je vais essayer de répondre du mieux que je peux :


- je ne suis pas complètement d'accord - j'ai quelques contre-exemples en tête - sur le fait que ceux qui vont se ruer sur le livre numérique ne sont pas forcément ceux qui lisent peu. Il ne faut
pas négliger qu'il peut y avoir un snobisme technologique (il est d'ailleurs fort répandu) qui est de la même nature que celui qui porte à collectionner des ouvrages anciens sans jamais les
ouvrir. Pour ce qui est de l'offre, j'ignore ce qu'il en sera, mais je crois que les éditeurs (qui y perdraient beaucoup) ne sont pas prêts à se laisser faire. Il y a néanmoins, sauf erreur de ma
part, toute la littérature qui est dans le domaine public (et ça fait un sacré volume) qui est potentiellement exploitable par les vendeurs de livres numériques.


- je crois, tout comme toi, que seule une cohabitation harmonisée est souhaitable entre les deux supports, et je te suis absolument lorsque tu donnes l'exemple de l'Universalis, effectivement
beaucoup plus maniable sous sa forme virtuelle que sous sa forme matérielle.


- pour ce qui est du livre de poche, je suis partagé, car, effectivement, si un certain nombre de points de présentation restent, pour employer un euphémisme, perfectibles, leur petit format et
leur prix somme toute modique (mais de moins en moins, tu as raison de le signaler) autorise à les promener un peu partout sans penser sans cesse que l'on risque de les détériorer, voire à les
annoter sans trop de remords (ce que je ne fais pas, préférant prendre des notes à part). Après, il est évident que le plaisir n'est pas le même qu'avec le papier bible et le cuir de la Pléiade,
sans parler des ouvrages traitant d'art, qui sont généralement assez catastrophiques en format de poche. Je suis, en général, fidèle à mon libraire (je suis citadin, il faut dire), mais je
n'hésite pas, particulièrement lorsqu'il me faut acquérir des ouvrages étrangers, à avoir recours aux magasins en ligne, et à pister quelques bonnes affaires sur les ouvrages les plus chers,
quitte à acheter des occasions en excellent état, ma fortune personnelle étant très loin d'être extensible.


- pour ce qui est de différencier la qualité de son d'un fichier téléchargé et d'un CD, je vais te faire une réponse de Normand : tout dépend du taux de compression. Comme tu le sais, j'écoute
essentiellement de la musique "classique" et je puis affirmer que même si ceux qui vendent du téléchargement affirment que les signaux éliminés par la compression sont inaudibles pour l'oreille
humaine, il y a quand même une perte de présence et "d'épaisseur" sonore avec le mp3. C'est d'ailleurs un crève-coeur de ne pouvoir mettre sur ce site aucun extrait "grandeur nature", car, comme
tu le sais, l'espace de stockage n'est pas extensible à l'infini, hélas.


Mes réponses te satisfont-elles ?


Bonne soirée et amitiés.



Henri-Pierre 03/04/2010 11:16



Tout d'abord, en ce matin d'un printemps frileux, permets-moi d'exprimer la surprise suscitée par cette convergence entre ton illustration et celle du blog de Michel Giliberti qui m'a amené à une
réflexion sur le genre des vanités, si le léger symbole du sablier de Vandermeulen est là, il est cependant exempt des têtes de mort et autres chandelles à l'agonie ; j'y veux voir là, et je
l'ai dit chez Michel, une perception du fugace à travers les objets usuels, vivants parce qu'animés par celui qui leur donne vie et qui reviendront, après lui à l'état de témoins
inertes de qui fût.
Ultime expression du fugace, de la vanité, les objets ne diront plus qu'a qui saura voir.


Quant au livre virtuel, sans le contact d'un support imprégné des mains de ceux qui l'imprimèrent, de ceux qui le vendirent, de ceux qui l'offrirent ou en firent l'acquisition, et surtout de qui
en feuilleta les pages, que seront-ils ?
Excuse-moi l'audace, ce sont des poupées gonflables, on peut en user et aussi en abuser, mais aucun frémissement ne te sera rendu.
Un des plus beaux livres que j'ai vu est un vieux coran dont le coin inférieur droit de chaque page était dentélé par l'usure et noirci par le contact de plusieurs génératios de doigts.
Un très beau livre, parce que chargé de l'âme de qui lit, de qui médita, de qui pria.


 



Jean-Christophe Pucek 04/04/2010 17:18



Oui, mon ami, c'est ici une Vanité qui ne force pas le trait, mais qui nous parle bien pourtant du caractère transitoire de toute chose, raison pour laquelle je l'ai choisie, outre ses splendides
qualités picturales. Au fond, est-il un objet plus vivant qu'un livre ? Et c'est ce qui me permet de souscrire à ce que tu dis concernant le livre numérique qui, pour utile qu'il pourra être aux
chercheurs, il serait vain de le nier, restera un objet froidement technique, tu sais, cet adjectif qui sert de plus en plus d'excuse à la vacuité du propos - songe au succès d'Avatar.
J'espère, en tout cas, ne pas vivre assez longtemps pour endosser une existence où l'on ne me proposerait rien d'autre que cette frigidité.



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