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7 octobre 2009 3 07 /10 /octobre /2009 18:28

LANOUX (actif en France au XXe siècle),
Football en banlieue, 1937.
Huile sur toile, Rennes, Musée des Beaux-Arts.

 

Aujourd’hui, je délaisse le fauteuil d’orchestre dans lequel certains, qui n’ont pas la moindre idée de ce qu’est réellement ma vie, imaginent que je passe le plus clair de mon temps, pour aller fouler la pelouse des stades. Trouverez-vous ce détour déplacé, vous qui venez ici pour vous accorder une respiration culturelle ? Sans doute, mais certains faits d’actualité émeuvent encore le citoyen que je suis, d’autant qu’ils font revenir sur le devant de la scène médiatique certains démons qui sont autant de furoncles sur le visage d’une société soi-disant moderne et démocratique.

 

Je dis parfois à mes amis, qui s’en horrifient souvent, que pour sentir le pouls du pays dans lequel nous vivons, il est plus indiqué de s’intéresser au football qu’à l’univers très sélect des concerts de musique « classique ». La nouvelle diffusée hier sur Internet en dit long sur certains courants pernicieux qui n’attendent qu’une occasion pour se manifester. Dimanche dernier, une équipe de football d’obédience musulmane, Créteil Bébel, refuse d’en rencontrer une autre, le Paris Foot Gay, qui se signale depuis 2003 pour sa lutte contre l’homophobie patente dans le milieu sportif et dans celui du football en particulier. La justification tient en quelques lignes adressées par mail : « Désolé, mais par rapport au nom de votre équipe et conformément aux principes de notre équipe, qui est une équipe de musulmans pratiquants, nous ne pouvons jouer contre vous, nos convictions sont de loin plus importantes qu’un simple match de foot, encore une fois excusez-nous de vous avoir prévenus si tard. » Ainsi, le sport, dont on nous serine à longueur de temps qu’il rapproche les peuples et abolit les différences grâce au dépassement de soi dans l’effort, ce qu’ont, bien entendu, brillamment illustré les derniers jeux olympiques de Pékin, ne serait pas exempt de situations où la religion sert de prétexte à un stupide rejet de l’autre ?
Contrairement au rugby, qui s’est très tôt rendu compte du marché que représentaient les homosexuels et a, conséquemment, opéré un virage gay friendly qui, si ses grosses ficelles financières n’étaient pas aussi apparentes, pourrait presque passer pour sincère – j’espère que personne n’est assez candide pour croire que ce sont majoritairement des femmes qui se rincent l’œil sur le calendrier des Dieux du Stade –, l’univers du football, dont les budgets sont autrement importants, peut se permettre, lui, de continuer à ignorer cette source de revenus et laisser gueuler ses meutes de supporters éventuellement casseurs de pédés. Et ce n’est pas la campagne de publicité organisée autour de la belle petite gueule de Yoann Gourcuff, promu, non sans raisons, bombe sexuelle dans Têtu, qui va faire beaucoup bouger les choses. D’ailleurs, dans l’affaire « Bébel-PFG », la Fédération française s’est empressée de botter en touche en précisant que les deux clubs ne dépendaient pas de sa juridiction, tout en protestant de sa volonté de lutter contre les discriminations. Ponce-Pilate aurait-il fait mieux ? J’en doute.

 

Formatage religieux, formatage par des habitudes que nul ne remet en cause, comment voulez-vous que se conduisent ceux qui, dès le plus jeune âge, auront été et sont régulièrement abreuvés des « sale pédé » proférés par leurs pères, leurs frères ou leurs copains, ce langage qui est, que nous souhaitions l’entendre ou non, la réalité d’une large part des tribunes, et non, comme on voudrait parfois le laisser croire, les débordements verbaux des seuls hooligans, ultras et autres fauves ? Mots de la haine ordinaire, injures de monsieur tout le monde, devenus tellement banals que nul n’y prend plus garde. Cette histoire bêtement écœurante favorisera sans nul de doute des amalgames nauséabonds, tant sur l’intolérance supposée des musulmans que sur les revendications lassantes des gays. Seul le problème de l’homophobie dans le milieu du sport restera entier, et il y a fort à parier que, sauf si un jour quelque star du football venait à rendre publique une orientation sexuelle différente de celle que tous sont, actuellement, supposés avoir, le ver demeurera encore longtemps dans le fruit.

Match nul, donc. Dans tous les sens du terme.

 

Illustration musicale :

Clarika, Les garçons dans les vestiaires.

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Published by Jean-Christophe Pucek - dans Entre nous
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commentaires

Jean-Christophe 22/10/2009 19:51


Mais oui, le plus ridicule, c'est qu'effectivement le Paris Foot Gay est une équipe à majorité hétérosexuelle. Cette affaire n'est due qu'à une stupide histoire d'étiquette, tu sais, ce truc qui
n'est guère utile que sur les pots de confitures. Pour ce qui est du monde du rugby, je crois, en revanche, qu'il ne faut pas se leurrer sur son ouverture réelle. Je vois plutôt dans son élan de
sympathie comme l'expression de puissants intérêts commerciaux.


Henri-Pierre 21/10/2009 21:42


C'est d'autant plus scandaleux que le club "Paris foot gay" n'est pas composé que de...gays.
Tu parles aussi du calendrier des "dieux du stade", il faut tenir en compte que les "protagonistes" ne sont pas des footballers mais des rugbimen et les références entre ces eux sports sont très
différentes, le rugby, ce sport de voyous joué par des gentlemen n'a pas la même rigidité dans les codes que le foot qui se veut le sport du peuple par excellence et ne saurait abriter le moindre
soupçon de "dérèglement des moeurs" en son sein. Pour la dérive financière c'est autre chose, l'époque excuse toute manoeuvre dont le but est l'argent.
J'aime beaucoup le tableau, il me rappelle certaine kermesse de la chambre de Be-Be, te souviens-tu ?
Quant à la chanson elle est tout simplement exquisement vénéneuse.


Jean-Christophe 11/10/2009 09:54


Cher Mr. de l'Estro,
Je suis heureux de te retrouver en ces lieux et sache que la sincérité de ton indignation me va droit au coeur.
Si j'ai attiré l'attention sur cette affaire touchant les milieux du football plus que sur la cabale dont est victime l'actuel ministre de la Culture français, que je trouve, s'agissant d'un débat
autour d'un livre édité il y a 4 ans que ceux qui l'ont attaqué n'ont même pas lu, particulièrement déplacée et, pour le dire tout net, nauséabonde, c'est bien parce qu'il ne s'agit pas d'une
situation qui touche les "élites" de la société, mais bien ses couches les plus populaires, infiniment plus importantes en nombre et beaucoup plus manipulables. Je trouve, pour ma part, assez
insupportable qu'au XXIe siècle, on persiste à farcir la tête des plus jeunes avec tant de stupides préjugés concernant l'Autre, j'entends par là celui qui n'appartient pas au groupe auquel les
gens se sentent intégrés, qu'il soit homosexuel, arabe, juif, enfin tout ce qu'on voudra.
Même si c'est sans aucune illusion quant à la portée réelle de ma démarche, ces tristes histoires m'incitent, plus que jamais, à tenter de me faire le passeur, avec le moins d'exclusions possibles
(mes silences ne signalant guère que mon ignorance), de tout ce qui, par sa richesse et sa pérennité, s'oppose à tous ces aboiements dont certains couvrent à peine de sinistres bruits de bottes que
l'on croyait pourtant éteints à jamais.
Amitiés à toi.


L'estro 10/10/2009 14:55



Un écoeurement, c'est tout ce que m'inspirent ces faits que tu relates, cher Jean-Christophe. Faits divers pour beaucoup, ces évènements ne doivent pas laisser indifférents le monde politique. Il
est temps d'agir et de taper du poing sur la table. Une telle situation n'est pas acceptable. Ne nous leurrons pas non plus : le football draigne majoritairement des spectateurs qui n'ont pas
pris conscience d'exister et où la différence avec l'animal réside dans le fait qu'ils portent un habit (je fais un peu mon pédant, là).
L'utopie démocratique chère à ceux qui n'en jouissent pas prend fin quand la démocratie s'est confondue avec massification. Individualismes exacerbés, communautarismes réconfortant, tels
sont les fléaux qui foutront en l'air notre société... mais tant que ça n'arrive pas au bout de la rue, pourquoi bon s'en soucier (sic). Lu'topie démocratique est derrière ; la
masse l'a emporté et, avec elle, l'ignorance qu'elle refuse d'éloigner d'elle-même. Le retour aux croyances et aux superstitions, au replis sur soi et à l'auto-exclusion : voilà le grand
XXIe siècle. On peut en venir à la nostalgie de la 2e moitié du XXe siècle, porteur de tant d'espoirs. Où sont passées les préceptes de Lumières ? Ils sont dévorés par l'oscurantisme
religieux, qu'on ne peut aujourd'hui remettre en cause sans, paraît-il, toucher à l'intégrité de l'indentité d'une personne... Quelle pente dangereuse !
Toitefois, le football n'a pas été le seul théâtre de calomnies sur les homosexuels. J'ai été, personnellement, très choqué par le procès de sorcellerie mené contre le Ministre de la Culture
cette semaine... une honte, une de plus, mais qui permet de constater que certains hommes politiques, même "démocrates", flirtent au fond d'eux-mêmes avec l'extrême-droite. Je suis écoeuré !



Jean-Christophe 09/10/2009 17:11


Vous avez raison, Nath, que de temps "gâché" qui aurait pu être employé à bien d'autres choses. Cependant, je ne pourrais pas, pour ma part, savourer avec la même quiétude la musique ou la peinture
si je restais bras croisés devant de telles stupidités. Mes mots ne changeront rien, bien entendu, mais puissent-ils au moins apporter un modeste témoignage de vigilance.


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