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22 août 2009 6 22 /08 /août /2009 14:19


Ouverture.
Voici un extrait d’une dizaine de minutes d’un entretien donné par Pascal Quignard à Sylvain Bourmeau, du site Mediapart, que je vous conseille d’écouter avant de lire la suite de cette dernière brève d’été.

 

 

Henri-Louis FOREAU (Paris, 1866-1938),
Paysage, entre 1920 et 1925.
Huile sur toile, Paris, Musée d’Orsay.
[cliquez sur l'image pour l'agrandir]

 

« On appelle diable de poussière une petite tornade minuscule, haute comme deux ou trois hommes superposés, qui soulève la poussière ou la paille des champs au mois d'août. Le diable arrive au moment des orages. Colonne jaune qui s'avance en errant. Forme lumineuse, granuleuse, qui devance la foudre et annonce les éclairs. La forme tourbillonne à vive allure au-dessus des sillons dont elle prélève la terre, ou sur la grève de la rive dont elle arrache le sable, ou le long du sentier dont elle ramasse les fragments de paille et les fleurs de chardon, et elle s'effondre le plus souvent dans les branchages d'un bois. »

 

L’aventure a commencé en 2002, avec la parution des trois premiers volumes d’un ensemble aux contours diffus, Dernier royaume, dont Pascal Quignard parlait en ces termes : « Il y a vingt ans j’ai composé les huit tomes des Petits Traités. Ils sont parus aux éditions Maeght. Dernier royaume est un ensemble de volumes beaucoup plus étendu et étrange. Ni argumentation philosophique, ni petits essais érudits et épars, ni narration romanesque, en moi, peu à peu, tous les genres sont tombés. »
Un prix Goncourt inattendu pour Les Ombres errantes, deux volumes supplémentaires en 2005 (Les Paradisiaques, Sordidissimes), et voici que paraît, le 3 septembre 2009 aux Éditions du Seuil, La barque silencieuse, sixième volume de cette suite, au sens musical du terme. Le très court fragment donné ci-dessus permet d’envisager un livre qui, comme souvent chez Quignard, partira de l’anecdote, historique ou quotidienne, pour s’élargir progressivement à une dimension universelle, interrogeant, au-delà des trajectoires individuelles, ce qui compose le substrat de la nature humaine. Ainsi que le définit l’éditeur, « il s’agit de la recherche d’un mode de vie, plus singulier, plus radical, plus profond, sans jugement, sans société, sans dieux. C’est une suite de contes. C’est une suite de petits romans, d’anecdotes historiques, de fragments biographiques (la mort de Madame de La Fayette, Ninon de Lenclos, Henriette d’Angleterre, Arria l’Aînée, Etienne de La Boétie…). C’est une suite d’étymologies (l’origine du mot corbillard, l’origine du mot liberté, de la négation, du mot vertu, du mot hiver…). » Mais, plus encore que dans ses ouvrages précédents où ceci demeurait en filigrane, Quignard semble vouloir y exprimer plus ouvertement sa révolte face à une société qui oscille entre violence, ignorance et culte du veau d’or, tout en laissant, malgré tout, filtrer une lueur d’espoir quant à un monde dont tout semble indiquer qu’il court à sa perte.


Les livres de Pascal Quignard sont exigeants, ils se méritent, il faut s’y immerger comme on entre dans l’océan, accepter de perdre pied jusqu’à sentir la vague porteuse qui ramène vers le rivage. C’est avec une joie sans mélange que j’emprunterai la Barque silencieuse où il nous convie et que je reviendrai vous en parler dans le courant du mois prochain. J’espère que ces quelques lignes vous auront donné, à vous aussi, l’envie d’entreprendre un voyage dont il ne fait aucun doute qu’il s’annonce, après tant de mollesse estivale, vivifiant.


Pascal QUIGNARD, La barque silencieuse. Éditions du Seuil, 252 pages, 18 euros. ISBN : 9782020991094. Parution le 3 septembre 2009.


Maurice RAVEL (1875-1937), Une barque sur l’océan, version pour orchestre, créée en 1907.


Orchestre de Paris.
Jean Martinon, direction.


Œuvres pour orchestre. 2 CD EMI 0724347696022.

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Published by Jean-Christophe Pucek - dans Instantanés
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Héloïse 02/08/2011 22:19



"Les livres de Pascal Quignard sont exigeants, ils se méritent, il faut s’y immerger comme on entre dans l’océan,
accepter de perdre pied jusqu’à sentir la vague porteuse qui ramène vers le rivage".


C'est bien vrai. J'ai lu pas mal de livres de Pascal Quignard (pas celui ci). J'ai aussi été l'écouter un soir,
après une séance de dédicaces, et ai été surprise (agréablement) par sa sincérité, sa finesse et sa sensibilité à fleur de peau.



Jean-Christophe Pucek 03/08/2011 09:55



Je ne suis pas surpris de ce que vous me dîtes, Héloïse, au sujet de Pascal Quignard. Si j'admire l'écrivain pour la qualité de ses textes et l'acuité du regard qu'il porte sur notre monde, la
démarche de l'homme me semble pouvoir revendiquer une qualité qui devient de plus en plus rare aujourd'hui : l'honnêteté. N'est-il pas le premier à mettre en pratique le retrait du monde qui est,
selon lui, ce qui dérange le plus la société dans laquelle nous vivons ?


Merci pour votre commentaire et à bientôt, ici ou sur votre blog.



Jean-Christophe 26/08/2009 19:18

Quignard est plus que féru de musique, cher Henri-Pierre, il est lui-même musicien et l'on sent bien que son univers d'écrivain est tout baigné de cet art. Je me doutais que ce bout d'entretien ne manquerait pas d'éveiller en toi un certain nombre d'échos et je constate avec plaisir que je ne me suis pas trompé. Tu l'as fort justement dit, Quignard est bouleversant et, dans le monde où nous vivons, je le crois plus que jamais nécessaire.

Henri-Pierre 26/08/2009 18:57

Bouleversant écrivain, féru de musique, ce que j'ignorais. Magnifique défense du suicide dépoussièré de son opprobre sociale et lumière de sa "démission active" pour n'avoir pas à vivre hors de ses valeurs. Une phrase de Mitterand me revient ; "Si Chirac est élu président, n'importe qui pourra désormais l'être".Dans la campagne autour de Marrakech errent souvent, fantômatiques et comme animés d'une vie propre les "diables de poussière", je les contemple longtemps, ils me fascinent.Quel beau billet ! et salutaire...

Jean-Christophe 24/08/2009 20:38

Je ne vois rien de médiocre, chère Marie, dans ta présence qui vient illuminer ce soir une parcelle de cette Passée

Marie 24/08/2009 20:28

Silencieuse comme la barque, je rame pour remonter le courant. Médiocre 13, il a au moins le mérite de respirer ...

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