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15 août 2009 6 15 /08 /août /2009 16:02


Attribué à Lovro JANŠA (Breznica, 1749-Vienne, 1812),
Paysage avec ruines, sans date.
Huile sur toile, Ljubljana, National Gallery of Slovenia.
[cliquez sur l’image pour l’agrandir]

 

La programmation des festivals d’été a largement confirmé la tendance qui s’était dessinée dès le début de l’année et le choix de la France s’est porté de façon si massive sur Haendel qu’on finit presque par se demander si nos Histoires de la musique ne sont pas truffées de coquilles et si ce ne sont pas, finalement, les œuvres du compositeur du Messie qui faisaient tourner les têtes et naître les vocations dans le Paris de la fin de l’Ancien Régime. Plaisanterie mise à part, l’hégémonie haendélienne est telle – un festival complet, celui de Beaune, lui a même été consacré – qu’elle a fini par conduire l’amateur que je suis pourtant à saturation, au point de ne plus avoir envie d’entendre la moindre note de sa musique avant quelque temps.

 

Dans ce contexte, le concert que donnera Martin Gester le 19 août 2009, dans le cadre du Festival de la Chaise-Dieu, est une aubaine. Le chef strasbourgeois y dirigera son Parlement de Musique et la Maîtrise de Bretagne dans des œuvres sacrées de deux des oubliés de cette année 2009, Joseph Haydn (1732-1809) et Franz Xaver Richter (1709-1789), avec, en prime, l’Offertoire en ut majeur Exaltabo te, Domine (MH 547) de Michael Haydn (1737-1806).

De Joseph Haydn a été retenue la Messe en ré mineur (dite « Nelson ») de 1798 (Hob.XXII. 11), qu’il serait plus juste de désigner par son titre authentique de Missa in angustiis (« Messe pour des temps difficiles »), œuvre d’une extrême concentration oscillant sans cesse entre espoir et inquiétude qui, de son Kyrie tourmenté et véhément aux extraordinaires fanfares de son Benedictus tendu à se rompre, jette un pont on ne peut plus clair vers le premier romantisme. De Franz Xaver Richter sera donné un Te Deum inédit, sauf erreur, dans lequel j’espère retrouver les qualités d’un compositeur qui a su concilier la rigueur du contrepoint hérité de Fux, le brillant de l’École de Mannheim et les foucades propres à ce courant venu d’Allemagne du Nord que l’on nomme Empfindsamer Stil (« style sensible »), prompt aux changements d’éclairage imprévisibles destinés à traduire le flux et le reflux des passions. Il ne fait aucun doute que Martin Gester, qui sait conjuguer, dans les répertoires qu’il aborde, élan, ferveur et subtilité, devrait faire merveille dans des œuvres où l’idiome classique est plus chahuté qu’on ne le croit. Il convient de saluer au passage la ténacité de ce chef, qui s’attache, avec beaucoup de détermination, à faire connaître les compositeurs actifs à Strasbourg au XVIIIe siècle, tels Jacques Antoine Denoyé (Messe à grand chœur et symphonie, Ambronay, 2008) ou, justement, ce Richter incompréhensiblement négligé par les interprètes, quand les quelques œuvres qui surgissent ponctuellement au catalogue d’éditeurs courageux prouvent qu’il s’agit d’un compositeur passionnant, comme l’atteste l’impressionnant Fuga e Grave en sol mineur qui illustre ce billet, trop marqué par l’Empfindsamer Stil pour être, à mes yeux, attribué à Hasse.

 

Si le désir vous prend de quitter, le temps d’un concert, les sentiers que tous, ou presque, auront battus et rebattus en tous sens cette année, soyez au rendez-vous dans quelques jours sur France Musique. Je gage que celles et ceux d’entre vous qui tenteront l’aventure ne seront pas déçus.


En direct du Festival de La Chaise-Dieu, France Musique, Mercredi 19 août 2009, 21 heures : « Fastes et ferveur à Vienne ». Franz Xaver Richter, Te Deum. Joseph Haydn, Missa in angustiis (« Nelson »). Michael Haydn, Exaltabo te, Domine.

 

Le site du Parlement de Musique peut être consulté en cliquant ici.


Franz Xaver RICHTER (1709-1789), attribution disputée avec Johan Adolf Hasse : Fuga e Grave pour cordes et basse continue en sol mineur.


Musica Antiqua Köln.
Reinhard Goebel, direction.


Hasse, Salve Regina, Motet, Sinfonie. 1 CD Archiv « al fresco » 00028947767305.


La photographie du Parlement de Musique est de Martin Bernhard.

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Published by Jean-Christophe Pucek - dans Instantanés
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Pierre Benveniste 22/02/2014 08:34


Merci pour ce document que je relis aujourd'hui et qui m'est très utile. J'ai le bonheur d'écouter actuellement trois quatuors opus 5 de Frantz Xaver Richter par le quatuor Rincontro et je suis
émerveillé par cette musique qui, composée, aux alentours de 1757 d'après certaines sources, contemporaine donc des quatuors Fürnberg opus 1 et 2 de J. Haydn, me semble constituer une avancée
marquante dans le domaine du quatuor à cordes, genre que le classicisme portera à un haut degré de perfection. Toutefois dans votre article passionnant sur Hyacinthe Jadin, 


http://www.passee-des-arts.com/article-34927412-6.html#anchorComment


vous indiquez 1768 comme date de composition pour l'opus 5 de Richter.c'est pourquoi je me permets de vous demander si vous connaissez une référence bibliographique.


Merci encore pour votre contribution à la connaissance de la musique que j'aime.


Piero 

Jean-Christophe Pucek 24/02/2014 08:01



Bonjour Pierre,


Ce n'est pas grand chose que cette petite chronique que je n'ai pas relue mais que je trouverais sans doute bien insuffisante aujourd'hui. J'ai lu, sur le réseau, que vous vous intéressiez de
très près à la naissance (compliquée du point de vue documentaire, l'évolution ayant été très prorgressive) du quatuor à cordes, genre que les compositeurs de l'époque classique contribuèrent
effectivement à transfigurer.


Pour ce qui est de l'Opus 5 de F.X. Richter, j'ai trouvé l'information à la page 55 dans le petit ouvrage de Romain Feist, L'École de Mannheim (Éditions Papillon, 2002, ISBN :
2-940310-12-2), une synthèse tout à fait intéressante que je me permets de vous recommander.


Merci pour votre commenaire et belle journée à vous.



Philippe Delaide 27/08/2009 08:37

Cher Jean-Christophe. J'ai malheureusement raté la diffusion du concert sur France Musique ne découvrant votre note que maintenant après trois semaines de repos (et de bas débit sur Internet... 56 K comme à l'époque des 90s !). J'ai eu la même réflexion que vous à savoir cette obsession sur Haendel. Certes son répertoire est vaste mais tout de même. La routine est décidemment la plus sournoise des compagnes des programmateurs et directeurs artistiques... Bien amicalement. Philippe.

Jean-Christophe 22/08/2009 16:38

Et moi, chère Marie, je te lis ici et ta chère présence retrouvée me fait me réjouir

Marie 21/08/2009 20:13

Tout est dit, semble t-il, tout n'est pas entendu, j'écoute.

Jean-Christophe 21/08/2009 16:44

Le Te Deum de Richter, composé en 1781 pour célébrer les cent ans du rattachement de Strasbourg à la France, vaut très largement le détour, et il n'y a plus qu'à espérer un disque à la suite de ce concert de la Chaise-Dieu.

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