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19 avril 2009 7 19 /04 /avril /2009 14:56

Jean-François MILLET (Gréville, Manche, 1814-Barbizon, 1875),
Le printemps
, 1868-1873.
Huile sur toile, Paris, Musée d'Orsay.


Depuis un peu plus d'un mois maintenant, j'ai refermé la porte de certain Jardin pour débuter ici une nouvelle aventure. Je remercie toutes celles et tous ceux qui, avec une belle fidélité, continuent à honorer de leurs visites et de leurs commentaires tant Passée des arts que Vermischter Stil où ma complice Ghislaine et moi faisons plume commune.

Je me suis déjà exprimé, parfois avec un peu de vivacité, sur un sujet dont le pouvoir politique en place a fait une sorte de hochet à agiter sporadiquement, particulièrement en temps de crise, afin de tenter de distraire l'attention du plus grand nombre de problèmes plus immédiatement concrets : « l'identité culturelle française ». Sans m'appesantir plus que de raison sur la dissonance que provoque la défense de cette idée par ceux qui n'ont pas assez de couteaux pour tenter d'assassiner tant Madame de Clèves que la syntaxe du français, mes fréquentes incursions sur Internet, en particulier sur les blogs francophones parlant musique, m'ont conduit à constater que si on y trouve des contributions, souvent remarquables, tant sur la musique italienne, allemande, voire anglaise, la musique française y fait souvent figure de parent pauvre, sauf, peut-être, celle de la période du règne de Louis XIV. Aussi ai-je décidé de créer sur ce blog une rubrique qui sera spécifiquement dédiée aux compositeurs français au sens large, puisqu'y prendront également place des musiciens étrangers ayant fait la plus large partie de leur carrière en France, tels, entre autres, du Mont, Rigel ou Chopin. J'ai emprunté, avec un brin d'ironie, au champ lexical habituellement dévolu à la linguistique pour baptiser Gallicismes cette nouvelle venue, dans laquelle vous trouverez, au fil du temps, la palette la plus large possible de compositeurs et de genres musicaux sur une période allant du XVIe au XXe siècles.

Une rubrique cocorico, alors ? Si certains l'imaginent, ils seront déçus. Le nationalisme n'a pas sa place ici, pour deux raisons simples. La première est que considérer la musique française - toute musique - séparément d'un large réseau d'influences majoritairement, mais pas exclusivement, européennes est une idiotie. Tenter d'expliquer Charpentier sans Carissimi ou Berlioz sans Beethoven revient au même qu'appréhender de la Tour en faisant fi de Caravage ou Hugo en ignorant Shakespeare : une impasse. La seconde est tout personnelle, la moitié de sang étranger qui coule dans mes veines ne m'incitant guère, en dépit d'un profond sentiment d'ancrage culturel français, à faire de la cocarde tricolore une boussole ou une béquille. Tout mon propos sera donc de proposer, dans la mesure de mes capacités, un tour d'horizon aussi vaste que possible d'un patrimoine musical souvent ignoré, quelquefois vilipendé voire menacé, sans entrer dans le jeu futile des hiérarchies. Il est, à mon sens, grand temps que nous prenions vraiment conscience du fabuleux héritage qui est le nôtre. Puissent donc ces futurs Frissons français, pour reprendre le titre d'un récent et remarquable récital de Susan Graham, être pour vous ceux que l'on éprouve quand s'invite le plaisir à l'instant des agréables surprises ou des retrouvailles.


Claude DEBUSSY (1862-1918) : Apparition, mélodie pour voix et piano sur un poème de Stéphane Mallarmé, 1884.


Sandrine Piau, soprano.
Jos van Immerseel, piano Érard 1897.


Mélodies. 1 CD Naïve V 4932.

Texte de la mélodie :

La lune s'attristait. Des séraphins en pleurs
Rêvant, l'archet aux doigts, dans le calme des fleurs
Vaporeuses, tiraient de mourantes violes
De blancs sanglots glissant sur l'azur des corolles.
- C'était le jour béni de ton premier baiser.
Ma songerie aimant à me martyriser
S'enivrait savamment du parfum de tristesse
Que même sans regret et sans déboire laisse
La cueillaison d'un Rêve au cœur qui l'a cueilli.
J'errais donc, l'œil rivé sur le pavé vieilli
Quand avec du soleil aux cheveux, dans la rue
Et dans le soir, tu m'es en riant apparue
Et j'ai cru voir la fée au chapeau de clarté
Qui jadis sur mes beaux sommeils d'enfant gâté
Passait, laissant toujours de ses mains mal fermées
Neiger de blancs bouquets d'étoiles parfumées.

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Published by Jean-Christophe Pucek - dans Gallicismes
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commentaires

Henri-Pierre 22/04/2009 21:56

Tu sais mon cher Jean-Christophe que mes ascendances plutôt mêlées font de moi un produit européen assez bigarré.Cocardier ? certes pas, mais convaincu, oui, de l'exceptionnelle richesse de la culture française qui est la mienne et qui, sans aucun jugement de valeur, est celle dans laquelle je me reconnais le mieux.Alors oui, remets en lumière les "dormants" de notre patrimoine, ajoute au panthéon des génies négligés Balbastre, tu me l'as promis et tous ceux qui ont nourri tant et tant de nos échanges.Ciao Bello

Jean-Christophe 20/04/2009 19:28

Merci, cher Jean-Marie, d'avoir pris un peu de ton temps que je sais particulièrement compté en ce moment pour venir flâner ici. J'espère que cette nouvelle rubrique dédiée à la musique française te permettra de faire quelques découvertes et même d'avoir quelques coups de coeur.Bonne semaine à toi aussi et bisous.

Jean-Marie 20/04/2009 09:29

Avec un peu de retard et je m'en excuse, je viens de découvrir tes derniers billets et cette nouvelle rubrique qui s'annonce, tout un programme et je suis déjà curieux de suivre ce que tu vas nous proposer, à bientôt donc et bonne semaine..

Jean-Christophe 20/04/2009 06:30

J'aime aussi énormément cette toile, Carissima, et quoi de mieux pour inaugurer une nouvelle rubrique que la placer sous l'égide du printemps, fût-il un peu incertain comme celui de Millet. Je suis tout à fait d'accord avec toi quant aux liens que tu établis entre cette oeuvre et celles de Constable, ne serait-ce que par la présence du double arc-en-ciel Fallait-il faire ce billet d'introduction ? Nous en avons longuement discuté et je suis heureux que finalement tu aies saisi exactement pourquoi je l'ai écrit. Il faut dire que se faire quasiment traiter de fasciste sur un autre blog amène à prendre certaines "précautions" Je ne voudrais surtout pas que l'on prenne ma démarche pour ce qu'elle n'est pas, certaines personnes étant tout de même plus promptes à condamner qu'à comprendre.Un grand merci à toi pour ta présence et tes encouragements.Je t'embrasse fort.

Ghislaine 19/04/2009 22:16

Comme j'aime cette image du printemps mon JC ! Elle me fait penser tout naturellement, tu t'en doutes, à Constable.Heureuse initiative que la création de cette rubrique toute entière consacrée à la musique française qui nous permettra, à n'en pas douter, de (re)découvrir des joyaux parfois injustement mis à l'écart ou oubliés.Il aura fallu une longue, très longue discussion  pour que je saisisse tout le sens de ta démarche, moi qui me sens parfois un peu comme une sorte de "melting pot", française à double nationalité née de deux cultures opposées ; c'est chose faite, je suis convaincue et j'en suis heureuse. Les frissons seront bel et bien là au travers de belles (re)découvertes.Excellente idée d'avoir publié le texte de Mallarmé. Avoir sous les yeux son contenu est, en tout cas pour moi, un indéniable plus.Très belle pièce de Debussy et belle voix que celle de Sandrine Piau.Je t'embrasse fort.

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