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1 janvier 2012 7 01 /01 /janvier /2012 13:07

 

pieter cornelisz van slingelandt portrait homme avec montre
Pieter Cornelisz. van Slingelandt (Leyde, 1640-1691),
Portrait d’homme avec une montre, 1688.
Huile sur bois, 25,5 x 20 cm, Amsterdam, Rijksmuseum.
[une image en haute définition est disponible ici]

Au moment où je donne à ces lignes leur forme définitive, le jour n’est pas encore tout à fait levé sur la première journée de l’année et le calme de cette fin de nuit offre un merveilleux contraste avec les gloussements et les éructations des fêtes obligées qui ont déferlé depuis une bonne semaine. Loin de cette ébullition factice, mes pensées vont vers vous, chers lectrices et lecteurs de Passée des arts, et mon premier mouvement est de gratitude, pour vous remercier de la fidélité dont vous avez, cette année durant, bien voulu honorer ces pages. 2011 a été pour moi une année difficile, où, pendant que des liens, certains chers à mon cœur, s’abîmaient ou se rompaient, nombre de coups bas et d’hypocrisies se faisaient jour, tombant le masque d’une bienveillance et parfois, hélas, d’une amitié également contrefaites. Vos encouragements ont souvent été plus précieux que vous ne l’imaginez pour poursuivre le travail entrepris ici et je vous en suis profondément reconnaissant.

D’un point de vue plus général, je conserve de l’année qui s’achève un sentiment où prédominent une certaine forme d’incohérence, voire d’indécence. Celui-ci aura sans doute atteint son apogée lors des manifestations d’hystérie collective, dont, spontanéité mise à part, le caractère systématique ne m’apparaît finalement pas si éloigné de celles observées lors la disparition de Kim Jong Il, ayant accompagné la mort du fondateur et patron d’Apple, Steve Jobs, immédiatement statufié, voire canonisé par toute une frange de la population dont ses innovations auraient changé la vie. Je vous avoue que je suis sidéré de voir un chef d’entreprise, dont une des activités principales aura été d’inonder la planète de gadgets technologiques fabriqués dans des conditions quelquefois peu équitables, élevé au rang de génie – rien de moins – et pleuré par ceux mêmes qui se montrent prompts à porter en sautoir cette indignation dont un livre à fait une mode qui, comme les autres, finira par passer. Le même sentiment de profond dégoût me saisit lorsque j’entends, ce matin encore, des journalistes en mal d’information parler d’un footballeur à l’arrivée un temps annoncée dans une équipe parisienne, dont un mois du salaire promis financerait plus de vingt projets discographiques et que vont applaudir, au nom de je ne sais quel rêve frelaté, des spectateurs inconscients d’être manipulés par un pouvoir qui a fait du culte du Veau d’or le vecteur d’une course effrénée à la respectabilité et le paravent qui dissimule, non sans quelque mal, les pires turpitudes. Année politique en France mais aussi aux Etats-Unis et en Russie, 2012 s’annonce faste pour les caniveaux et les cloaques, dont les relents ont déjà envahi des réseaux sociaux où nombre de « commentateurs » se complaisent visiblement à patauger dans cette fange dont la presse à scandale fait habituellement ses délices.

pieter cornelisz van slingelandt portrait homme av-copie-1Aussi, je vous propose de continuer notre chemin de concert vers ce qui nous élève plutôt que vers ce qui nous embourbe. L’année qui vient sera sans doute délicate pour la culture et en particulier pour la musique, qui n’échappera pas à la récession aujourd’hui à nos portes. Plus que jamais, on peut gager que les organisateurs de concerts et de festivals, suivis par certains éditeurs discographiques, auront avant tout le souci de la sécurité et de la rentabilité. Il y a donc fort à parier que la surexposition de l’opéra et de ses vedettes, s’accompagnant de sa réduction à une poignée de compositeurs ressassés ad nauseam – Händel, Vivaldi, Lully et consorts – se poursuivra, tout comme continueront à sévir, avec, parfois, l’assentiment stupéfiant d’une partie de la critique dite « spécialisée », des Christina Pluhar, dont le futur projet latino-américain démontre de manière définitive que le Baroque a trouvé en elle l’équivalent féminin de Roberto Alagna, des contre-ténors bien lisses auxquels la recherche du glamour tient lieu d’exigence artistique et des pianistes à poses romantiques aussi authentiques qu’un Mozartkuchen autrichien.
Par chance, à côté de tous ces produits, certains éditeurs sérieux nous promettent quelques vrais rendez-vous, dont je vous livre, avec leur autorisation, un avant-goût. Outhere, regroupant plusieurs labels spécialisés nous promet, chez Aeon, le Requiem d’Antoine Divitis ou de Févin par Organum (janvier), un programme de polyphonies anglaises du XIVe siècle par l’Ensemble Céladon (mars), puis, à l’automne, un disque Thibaut de Champagne par Alla Francesca, tandis que Ricercar nous offrira la Missa In illo tempore de Monteverdi par Odhecaton (février), une anthologie dédiée à la famille Bach par Clematis et Leonardo García Alarcón (avril) et des Vêpres de Willaert par la Capilla Flamenca (juin). Zig-Zag Territoires, pour sa part, nous donnera les Sonates pour violon et clavecin de J.S. Bach par Chiara Banchini (mars), Alpha La Catena d’Adone de Mazzocchi par Scherzi Musicali (janvier) et les Leçons de Ténèbres de Couperin par le Poème Harmonique (mai), Phi nous proposant une Messe en si de J.S. Bach en janvier et le Requiem de Victoria en mai tous deux dirigés par Philippe Herreweghe, et Ramée, le premier disque du Ludovice Ensemble dédié à des cantates françaises. Pour le tout jeune label agOgique, récemment salué ici même, Amarillis se penchera sur la musique de chambre de Johann Christian Bach (janvier) et le Quatuor Ruggieri signera son premier disque consacré à celle de George Onslow (printemps), tandis que, pour Ambronay, Les Ombres nous donneront à entendre cet automne Les Nations de Couperin. Musique en Wallonie, enfin, continuera son exploration de la production de Roland de Lassus tout en nous faisant découvrir celle de Marbrianus de Orto, et Brilliant Classics publiera en avril Austria 1676, le nouveau récital du luthiste Miguel Yisrael. Comme vous le voyez, mille raisons de se réjouir, auxquelles on pourrait ajouter l’annonce de quelques très belles expositions, avec un fabuleux mois de mars, où s’ouvriront successivement celles consacrées aux Miniatures flamandes à la Bibliothèque Nationale de France le 6, à Tours 1500 en cette ville le 17 et à Nicolas de Leyde au Musée de l’Œuvre Notre-Dame de Strasbourg le 30. L’automne verra le Palais des Beaux-Arts de Lille s’intéresser, à partir du 5 octobre, aux Fables du paysage flamand au XVIe siècle alors que le Musée des Beaux-Arts de Strasbourg rendra hommage, dès le 17 novembre, à un de ses glorieux enfants, le peintre préromantique Philippe-Jacques de Loutherbourg.

Voici quelques-uns des chemins que je vous proposerai d’emprunter dans les mois à venir et sur lesquels j’espère vous retrouver, vous dont les commentaires et la présence font vivre Passée des arts. Puissions-nous continuer à affirmer ensemble notre préférence pour ce qui dure plutôt que ce qui passe, pour ces artisans de la beauté qui refusent les sirènes de la facilité et nous offrent les fruits généreux d’un travail patient et amoureux, pour les sentiers écartés plutôt que les autoroutes, pour le droit, pendant que nous le pouvons encore, de prendre le temps de goûter la saveur des choses.

À toutes et à tous, ainsi qu’à ceux qui vous sont chers, je souhaite le meilleur pour 2012.

Accompagnement musical :

Philipp Heinrich Erlebach (1657-1714), Die Zeit verkehret was uns beschweretMeine Sinnen lasst es sein ! (Le temps allège tout ce qui nous pèse : Mes sens, laissez faire !), air avec instruments et basse continue.

Victor Torres, chant
Stylus Phantasticus
Friederike Heumann, viole de gambe & direction

philipp heinrich erlebach zeichen im himmel stylus phantastZeichen im Himmel, airs et sonates 1 CD Alpha 018. Ce disque peut être acheté en suivant ce lien.

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Published by Jean-Christophe Pucek - dans Entre nous
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commentaires

Henri-Pierre 11/01/2012 17:31


Oui, il est encore temps, le temps que nous donne le Temps d'avoir le temps.
Quand je pense que les désoeuvrés pensent tuer le temps qui lui, irrémédiablement, les tue.
le titre de ton billet, par effet de balancier me ramène au titre d'un mien billet en date du 24 novembre 2010 "Le temps de vivre, le temps d'exister"...
Oui c'est en existant sans vivre dans les faux-semblants que se défont les masques, que sombrent les vaines précipitations et que s'abîment les fausses gloires, que restera t-il des tyranneaux
"pleurés" par des peuples en mission commandée ? Qu'est-ce qui surnagera de la "gloire" de l'époux communément vulgaire de l'anorexique tapageuse ? Rien sûrement, et puis quelle importance. Il
faut savoir surnager au-dessus de l'écume des jours.
Pour moi envers qui l'année, tu le sais, n'a pas été des plus câlines, j'ai glissé, presque malgré moi, vers la distance bienveillante et l'indulgence, je n'ai ni dansé une gigue de commande en
ce 31 décembre ni assisté aux déballages familiaux des potlatchs de Noël, j'ai vécu le 25, en pensée, avec les miens en mon coeur et le 31 avec les quelques chers qui étaient disponibles.
Tout fut doux et enveloppé d'affection, et tendre aussi, mis à part les chapons pas tout à fait assez cuits.
Quant aux déceptions affectives j'y échappe, j'ai appris à n'attendre que ce que l'on me donne et l'engagement inconditionnel reste pour moi synonyme d'amitié. C'est pour cela que quand je reçois
un supplément mon bonheur est total.


Nous remercier de t'être fidèles ? Mais mon ami où trouverions-nous autant de raisons de venir s'enchanter et s'instruire ? Quel autre espace serait la plateforme de tels échanges ? Tu n'y penses
pas, est-ce être fidèle que de venir le plus régulièrement possible à l'abreuvoir de l'âme et la table de l'esprit ?


En ce qui concerne la musique à venir, tu nous donne un minimum de douze raisons d'attendre et donc d'espérer. Ce pourrait être pire.

Je veux un 2012 radieux à Passée, ne crains rien, s'il vit un peu grâce à nous, comme tu le suggères, nous serons toujours suffisamment aimantés pour mêler nos affluents à son cours.

Jean-Christophe Pucek 12/01/2012 08:15



Il ne restera sans doute pas grand chose de tout ce que j'évoquais dans ce billet, même si nous ne vivrons pas assez longtemps, toi comme moi, pour le constater. Si je partage complètement ce que
tu dis quant à la nécessité de savoir prendre de la distance vis-à-vis de l'écume des jours, il me semble qu'il ne faut néanmoins pas négliger, s'agissant d'événements qui ont marqué les gens, de
les rappeler pour tenter de les mettre en perspective en leur faisant avouer ce qu'ils racontent de notre époque - c'est particulièrement vrai pour la mort du fondateur d'Apple.


Pour le reste, je pense que les déceptions sont formatrices, du moins l'ont-elles été pour moi l'an passé; la distance qui s'est creusée est là et rien ne la comblera plus. Je pense que les
choses sont bien ainsi.


Nous verrons bien ce que 2012 réserve à ce petit blog, mais sache que, quand bien même je doute que ceux qui pourraient apporter quelque soutien à cette entreprise s'en soucient le moins du
monde, tes voeux me font plaisir. Grand merci pour ceci et pour ton commentaire.



Jacques 05/01/2012 08:13


Mon cher Jean-Christophe,


Merci mille fois pour cette précieuse mine d'informations, écrite comme à l'accoutumée avec tout ce qu'il faut de talent pour entretenir une attention soutenue (les franglais appellent ça
"teasing", mais tu imagines ce que je pense de ces raccourcis pétris de facilité...). Longue vie à 'Passée', ses pépites, et son orfèvre.


Merveilleuse année 2012 à toi !  Jacques

Jean-Christophe Pucek 05/01/2012 08:43



Très cher Jacques,


J'ai gardé un certain nombre d'informations à mon niveau, car certains labels n'avaient pas répondu au moment où je bouclais mes lignes : il y a donc encore de belles surprises à venir qui ne
figurent pas dans cet édito, et dont je reparlerai en temps utile


Je souhaite, bien entendu, tout le meilleur à ton Appoggiature et espère, comme je te l'ai écrit en d'autres lieux, que ton blog continuera à gagner, au fil des mois, l'auditoire et
l'influence que ses qualités méritent. Ces voeux sont, bien entendu, indissociables de ceux que je forme pour les duettistes qui le font vivre.


Grand merci pour ton commentaire, une pensée toute particulière et très affectueuse te rejoint.


JCh



Jeanne Orient 03/01/2012 15:18


Cher Jean-Christophe,


Pour moi 2011 restera pour toujours l'année où je vous ai connu. Je lui en serai éternellement reconnaissante. Tout d'abord la chaleur de votre amitié et puis tout le reste. Sans vous, je serai
encore dans cette culture musicale "grande surface". J'ai tant appris en si peu de temps. J'ose même (quel orgueil) devenir exigeante.


Je ne peux terminer sans vous dire que le vieux monsieur de 94 ans insiste pour vous souhaiter Bonne Année. Il vous remercie encore d'avoir pu convaincre sa fille que "l'ouïe" sert aussi à
écouter de la belle musique (rires). Je vous embrasse bien affectueusement.

Jean-Christophe Pucek 05/01/2012 08:01



Chère Jeanne,


Pour moi aussi, une des très belles surprises de l'année 2011 aura été d'apprendre à vous connaître et de découvrir ainsi les trésors de sensibilité que vous recelez; je suis sincèrement heureux
de cette rencontre, fût-elle virtuelle.


J'espère que Passée des arts continuera, en 2012, à vous donner l'envie de parcourir les chemins de la musique et que l'exigence naissante de votre oreille y trouvera son compte



Je vous souhaite tout le meilleur pour cette nouvelle année et j'associe naturellement à mes voeux le « vieux monsieur de 94 ans » auquel je pense souvent depuis qu'il m'a fait l'offrande d'un
des plus beaux commentaires jamais postés sur ce blog.


Je vous embrasse bien affectueusement moi aussi.



Hacène 02/01/2012 23:45


Qui ne souhaiterait avoir un lectorat d'une telle qualité ? Chaque intervenant, jusqu'ici, semble avoir une plume aussi bien trempée, ou presque, que le maître des lieux. Si je ne dédaigne pas
tapoter sur le clavier de mon ordinateur (et même utiliser un bon vieux stylo), parfois pour bien plus d'une ligne, je me rangerai plus volontiers du côté des taiseux, qui souhaitent le meilleur
à leur interlocuteur d'une simple mais chaleureuse poignée de main, avec une sorte de regard entendu sur tout ce qui n'est pas dit. Voilà qui est fait, dirons-nous !    Passée des Arts est clairement une bonne bouffée d'air pur, de celles que l'on prend lorsque l'on ouvre la
fenêtre d'une pièce à l'air vicié. Comment ne pas t'en remercier ?


Ce temps qui passe, linéaire mais aussi cyclique, me fait penser, moi, à ce tableau de Maurits Cornelis Escher :





On est loin de ce qui est présenté ici habituellement, mais je trouve que cette oeuvre montre aussi bien le temps qui passe que l'espace, ce qu'en amoureux de la géographie, je ne peux
qu'apprécier. Et puis il faut bien profiter de l'opportunité que tu nous offres de mettre en forme les commentaires, y compris en insérant des images...


Pour résumer, et de manière plus concise qu'il est de coutume, je te souhaite, ainsi qu'à tes lecteurs,... un bon an !


 

Jean-Christophe Pucek 03/01/2012 07:49



J'ai beaucoup de chance d'avoir des lecteurs de la qualité de ceux de Passée des arts, Hacène, je ne vais pas prétendre le contraire. Je suis toujours ravi et touché de voir ceux d'entre
eux qui se manifestent venir apporter leur contribution, qui par une observation, qui par une précision, qui par une anecdote, aux débats qui naissent autour des billets. Je te remercie, toi le
taiseux (je sais de quoi tu parles, je fais partie de la même catégorie), de nous avoir offert à tous cette oeuvre d'Escher, que je ne connaissais pas et dont j'apprécie le caractère « Yin et
Yang » effectivement absent du tableau de Slingelandt qui joue, lui, plus sur le registre de la Vanité.


Je te souhaite tout le meilleur pour l'année qui commence et qui, je l'espère, verra la réussite de tous tes projets.


Sois certain que mes meilleures pensées t'accompagnent.



Clairette 02/01/2012 21:17


Grâce à ce billet de début d'année les fans sortent de l'ombre   Très alléchant ce programme 2012 que tu nous
fais miroiter ! On en salive d'avance. Allez au boulot !

Jean-Christophe Pucek 03/01/2012 08:25



C'est plutôt émouvant de lire tous ces témoignages, je trouve, et ils donnent l'envie nécessaire pour avancer. Un certain nombre de très beaux projets nous attendent en 2012 (toutes les
informations ne sont pas dans ce billet) et je pense que tu as également compris qu'il y en a certains sur lesquels je ne travaillerai pas. Merci pour ton mot et très belle année à toi



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